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Ce brave Ben Affleck n'est pas un méchant gars : il tire bien fort la langue pour ne pas dépasser du trait et faire un Scorsese-movie avec ce qu'il faut de mafieux patibulaires et de vamps fatales. Mais il aura toujours une gueule de maître-nageur propre sur lui, et il sera toujours beaucoup trop dépendant de ses conseillers en image pour atteindre ne serait-ce que le début de la semelle de son maître. Live by Night n'est même pas nul, il est juste inconsistant. La faute d'abord à un scénario archi-usé, déjà vu mille fois ailleurs, où chaque événement, chaque personnage, chaque détail semble issu du cahier des charges du genre : on devine tout dès le départ, depuis la fausse mort de la blonde jusqu'aux détails de l'ascension du héros, depuis la rose au revers du beau costume trois-pièces jusqu'à la couleur de la voiture du bad boy. Trois minutes après le début, on commence déjà à avoir envie de pisser, convaincu que même si on part trois quarts d'heure, on arrivera à raccrocher : il suffit d'avoir déjà vu un film de mafia. On se demande comment un producteur a pu dire bingo à ce film-compil, qui recycle en moins bien tous les éléments du genre, en les passant en plus au ripolinage du cinéma grand public. Parce que, deuxième défaut, le film est immaculé, propre jusque dans ses scènes sanglantes. Affleck refuse de toutes ses forces toute trace de crasse, à commencer par son personnage : il est certes mafieux et hors-la-loi, mais il est surtout d'une honnêteté à toute épreuve, guidé par l'amour et sauveur de l'orphelin. Cette incapacité à interpréter un personnage mauvais laisse songeur. Tout le film est ainsi, manichéen (il y a des affreux méchants, mais interprétés par des acteurs à trogne qui n'ont aucune excuse), creux, sans esprit. Aucune séquence ne se dégage du lot, la construction dramatique est dans les choux, c'est joué au rabais, écrit au plus vite, en un mot parfaitement inepte. "L'enfer, c'est ici", dit le message (fabuleux) du film : je confirme.