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Jean-Marc Vallée n'est pas un cinéaste qui nous a franchement enthousiasmés sur Shangols, mais il regagne indéniablement des points avec cette série finaude. Le voilà en effet qui revient par la petite porte et convainc beaucoup plus que quand il s'attaque au cinéma. Certes, ce n'est pas la mise en scène qui épate le plus dans Big Little Lies, mais tout de même : Vallée parvient à dynamiser cette histoire, et, si on ferme les yeux sur quelques chichis de réalisation (des flash-backs merdiques et des rêves à la con), on peut même reconnaître au bougre un bon savoir-faire et une science du montage vraiment parfaite.

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On se dit quand même que Vallée n'a peut-être pas eu non plus toute la place pour s'exprimer. Il a à diriger une bande de filles qui n'ont pas grand-chose à prouver au niveau de la grosse tête, et qui sont par ailleurs productrices de la série, ce qui annonce un film à elles seules dédié. Et c'est vrai : elles font toute la beauté et tout l'intérêt de Big Little Lies. Peu importe ce qu'on nous raconte, et même comment on nous le raconte. Le plaisir du film est de regarder bosser Reese Witherspoon, Nicole Kidman, Shailene Woodley et Laura Dern, impeccable casting de desperate housewives qui trouvent ici un écrin parfait pour leur subtilité. La série commence effectivement comme Desperate Housewives : une petite ville, une poignée de mères de famille concernées, avec toutes leurs problèmes de couple et de bourgeoises, qui parce que la pièce qu'elle a écrite menace d'être censurée, qui parce que sa relation avec son mari ne peut se faire que dans la violence, qui parce qu'un lourd passé de femme violée n'arrive pas à s'effacer, qui parce que le confort bourgeois la travaille... Là dessus arrive un dramuscule, la petite étincelle qui va mettre le feu au poudre de ce baril de dynamite féminin : une fillette se fait agresser à l'école par un de ses camarades. C'est le début d'un jeu de jalousies, de rancoeurs, de petitesses, dans lequel les hommes aussi vont se retrouver impliqués par la bande, et qui va se terminer par un meurtre. Car mort d'homme (ou de femme) il y a, on nous l'annonce dès le départ ; mais il faudra attendre les dernières minutes du dernier épisode pour savoir qui est mort.

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On imagine que sur une idée pareille, le film ne peut pas aller très loin. C'est tout le contraire. La tension monte doucement, et on se retrouve complètement impliqué dans ces querelles de village, ces combats de coq puérils, ces manipulations perverses, on se passionne pour les invitations à l'anniversaire d'une fillette de 4 ans, on tremble devant les histoires de divorces mal digérées. A cela un seul responsable : le jeu des comédiennes. Éblouissantes. Witherspoon aborde un rôle très difficile frontalement, avec son énergie héritée de la comédie, et est parfaite dans le tempo : agaçant et hystérique, son personnage gagne peu à peu en profondeur, et on ressort bizarrement touché par cette furie. Shailene Woodley est géniale en femme normale, Laura Dern en amère sorcière hantée par ses sautes d'humeur. Mais c'est Nicole Kidman qu'il faut saluer le plus bas. Si on peut tiquer au départ de la voir affublée de deux jumeaux dont elle pourrait être aisément la grand-mère (les coquetteries des actrices américaines vieillissantes), on est absolument ébahi ensuite par la justesse extraordinaire de son jeu, qui ne tombe jamais dans le cabotinage, qui reste toujours d'une magnifique sobriété. Regardez juste l'épisode 8, et sa confrontation avec la psy : elle irradie la scène, avec une précision de gestes, une vérité de chaque seconde, alors qu'elle a à jouer une partition très difficile, toute en subtilités. Qu'elle se déplace légèrement sur son canapé, qu'elle esquisse un geste maladroit vers son visage, qu'elle ménage un lourd silence, elle est géniale, à cheval entre un savoir-faire de vieille briscarde et un naturel de jeu proche de l'improvisation. Avec une telle Rolls, Vallée n'a plus rien à faire, qu'à se contenter d'attraper les infimes détails de ce jeu qui devrait valoir à son auteur tous les Oscar jusqu'à la fin de sa carrière. On a l'impression que les acteurs masculins sont entièrement au service de ces miracles, transformant peu à peu la série, d'ironique qu'elle était, en manifeste féministe, ce que confirme la très belle fin. Une belle série tourmentée. (Gols 19/07/17)

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Très emballé également par cette série remarquablement écrite, avec des personnages, féminins essentiellement, profonds et complexes et une interprétation aux petits oignons (Gols a déclaré son amour à Kidman, qui, même avec toute la façade refaite, continue à pouvoir mouvoir son visage ; ma préférence irait envers la chtite Reese Witherspoon qui fait preuve d'une énergie à toute épreuve (elle est aussi celle qui a les meilleures répliques)). Sujet difficile que celui de la violence conjugale, un sujet traité de façon très maîtrisée ici ; ce couple formé par Kidman et l'excellent Alexander Skarsgård (putain, j'aimerais pas être sa femme, au gars, on sent qu'il a de vrais côtés sombres...) est au centre de la série : Kidman est d'abord victime de quelques tapettes inquiétantes, mais ne cesse de se raccrocher à ce type qui, en quelques minutes, peut passer du gros connard violent au gentil mari attentionné ; ils rendent visite à une conseillère familiale (séquences qui pourraient être chiantes et qui se révèlent toujours passionnantes) pour tenter "d'aplanir" leurs différends... C'est oublier qu'un gros connard violent, même si ses crises sont passagères, demeure un gros connard violent... La tension entre eux ira crescendo jusqu'au dernier épisode absolument terrifiant où le gros connard dérive vers le monstre tout en tenue de cuir elvispresleyen...

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Ce qui fait bien sûr tout le sel de ces sept épisodes, en dehors de cette thématique sous-jacente guère olé olé, ce sont bien sûr les multiples discussions, trahisons, règlements de compte (...) entre ces femmes beaucoup plus sauvagemment agressives entre elles que desperate. Chacune défend son petit territoire familial ou amical bec et ongles et les noms d'oiseaux fusent ; ces antagonismes semblent ne jamais pouvoir s'apaiser et sont au centre de la dynamique de la série... Il faut tout de même relativiser, cela ne reste jamais que des mots et des postures, ce qui paraît finalement bénin par rapport aux coups que se prend la pauvre Nicole. Où se situera son seuil de résistance ? On verra que la série tente intelligemment de décrire tous les ressorts psychologiques qui peuvent expliquer la relative « passivité » de la pauvre Kidman ou encore le relatif silence des femmes face à ce genre de situation intolérable... Tout cela est énoncé de ma part de façon un peu sentencieuse, ce n'est pas rendre pleinement hommage à cette série aussi pétillante et drôle dans la forme que sombre dans le fond. Une seconde saison s'annonce à l'horizon, pick me !!! (Shang 23/03/18)

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