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Avant de rafler la Palme d'Or en 2017, Östlund s'était vu remettre l'Ours d'Or du meilleur court-métrage en 2010. Réalisé en un plan-séquence d'une dizaine de minutes, le film reprend une scène de braquage qui eut lieu en 2006 à Stockholm. La première idée sympathique est de re-filmer "dans les conditions du direct" l'incident tout en filmant en particulier deux passants qui, à moitié conscients de ce qui était en train de se dérouler, filment eux-mêmes la scène. C'est eux qui, par leur dialogue (bien qu'ils assistent "en direct" à la scène, ils restent un peu incrédules devant l'événement... Ils reprendront d'ailleurs vite le cours de leur petite vie une fois le braquage achevé sans, semble-t-il, avoir été véritablement marqués par l'expérience), font les commentaires de ce braquage qui part quelque peu en sucette : la réalité prise comme une fiction et la fiction pour re-donner à la réalité tout son poids (le processus est quelque peu kiarostamien, convenons-en). Au-delà de cette "mise en scène" jouant habilement des frontières entre réalité et fiction, le film en lui-même est relativement prenant : le cinéaste, par le biais des multiples figurants (spectateurs, acteurs ou simples passants) et par le jeu de zoom sur certains points de l'action, rend son court particulièrement vivant et efficace. Le fait que les deux braqueurs soient plutôt maladroits (le papier pris dans la roue arrière du scooter, l'erreur de porte pour pénétrer dans la banque, la fuite pathétique...) ajoute un peu de sel et de... légèreté à cet événement purement dramatique qui aurait pu facilement tourner au tragique (l'un des types est armé mais vise heureusement comme moi sans mes lunettes). Cette oscillation constante entre commentaires acerbes / événement dramatique, réalité / fiction, donne à l'ensemble tout son suc et son intérêt. En attendant The Square, on continuera de remonter la filmo de ce Ruben qui fit montre par le passé d'un certain talent de metteur en scène.

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