Voici donc une œuvre avec un synopsis un brin casse-gueule sur le papier : et si on prenait comme héros un gros cochon virtuel qui tient plus de l'hippopotame que du porc... Dès qu'on découvre la grosse bébête avec une petite nenfant dans la campagne coréenne (une vingtaine de ses bêtes ont été envoyées aux quatre coins du globe pour participer à un concours d'élevage sur dix ans...), on serre un peu des fesses : la bête et l'enfant sont croquignolets à souhaits (On pense à Elliott le dragon, l'original), l'une a pour l'autre des attentions de mère (la gamine a perdu ses parents et est élevée par son grand-père...) jusqu'à... jusqu'à l'apparition des méchants représentants de la multinationale (les dix ans sont révolus) qui veulent "kidnapper" la bête pour qu'elle participe au fameux concours à New-York. La gamine est livide, la bébête est furax... L’action s’emballe (un peu sous-vide, forcément).

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Bong n'étant pas un manchot pour filmer les scènes d'action (moult péripéties attendent la bébête dans les rues coréennes), et on ne s'ennuie finalement guère devant les premières quatre-vingt-dix minutes. Sur le fond, reconnaissons qu'on est un brin dans l'expectative face à ce manichéisme un peu primaire : d'une côté la multinationale avec des méchants individus ultra caricaturaux (Tilda Swinton en blondasse hypocrite - total free-lance au niveau du jeu, Jake Gyllenhaall en Borat ridiculissime...), de l'autre la petite nenfant aidée par un groupe agissant au nom de la défense des animaux (le Front de Libération des Animaux !). On n'a pas vraiment de mal à choisir son camp... L'autre aspect sans doute un peu gênant (l'influence Netflix qui veut s’adresser à tout public à l'international ?...) est de voir ce mélange d'acteurs américano-asiatiques comme si le cinéaste (et les producteurs) cherchaient plus à jouer sur tous les tableaux (plaire à la fois à un public occidental et asiatique) qu'à montrer les particularités culturelles des uns et des autres (un petit sentiment de bouillie culturelle au niveau du casting, pour être un peu caustique). Bon.

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Ceci dit, dans le dernier quart d'heure le film se fait terriblement plus noir (et « en même temps », comme ils disent, plus émouvant) : Bong introduit sa caméra dans ces fameux abattoirs de porc-hippo ; ambiance glauquissime renforcée par ces enclos pour bêtes aux allures de camp de concentration (il fallait, certes, oser mais l'effet s'avère relativement saisissant - on ne pensait pas d’ailleurs pouvoir être ému à ce point par un couple de ces (grotesques) porcs qui cherchent à sauver leur progéniture...). Le message est clair et devrait faire rougir de plaisir les membres du comité L214 - on ne peut qu'applaudir nous-même des deux mains devant cette petite leçon morale anti-capitaliste et végane (qui nous fera regarder de travers notre prochaine côte de porc dans notre assiette). Mais pour en arriver là, avouons que Bong ne fait pas toujours dans la plus grande finesse, jouant lui-même sur le côté spectaculaire et "universel" de son film tout en sacrifiant au passage un tantinet son AOC. Pas totalement raté (le saisissant dernier quart d'heure) mais parfois un peu facile et nigaud (à l'image de cette grosse bébête gentiment attendrissante).   (Shang - 29/06/17)

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Oh le pauvre cochon tout gentil qui va être découpé en morceaux ! Voilà que je viens de résumer en une phrase le scénario et l'esprit du film, ce qui vous évitera de vous abonner à Netflix pour le voir, ne me remerciez pas. J'étais jusque là assez fan des films de Bong, spectaculaires et gentiment profonds ; mais avec Okja, il signe son film le plus navrant. Il faut dire que je suis quadragénaire, et que me proposer une vision du monde, un jeu d'acteurs et une marionnette à la con dignes d'un gosse de 6 ans n'est pas tout à fait fait pour me satisfaire. Comme le dit mon camarade, réduire le monde en deux catégories (les beaux gentils, les moches méchants) est bien pratique pour balancer des discours new-age pas finauds, et notre gars ne s'en prive pas. On a dit par ci par là que le film était une virulente critique contre la mondialisation, que ce cochon pouvait être le symbole de l'exploitation de l'animal, que l'immonde firme qui l'utilise serait une image du cinéma commercial le plus pourri. Moi, je veux bien. Je suis même prêt à croire que le cinéaste y a cru aussi. Mais prendre les atours du cinéma d'action mondialisé, se faire produire par une chaîne de télé, et jouer avec les consciences avec un tel manichéisme, n'est pas tout à fait noble non plus. Pire : utiliser l'image des camps de concentration pour fustiger les méthodes d'abattage du bétail est légèrement douteux (on dirait un de ces messages Facebook, "boucher = nazi", qui laisse tout de même songeur quant à la culture historique de celui qui l'émet), et on dirait que la nuance a été abandonnée au profit du tout-efficace scénaristique et du bulldozer spectaculaire. Le message, si message autre il y a que celui binaire d'un véganisme crétin guidé uniquement par une empathie envers le gros animal gentil et la petite fille cromignonne (horrible actrice, au passage), ne passe jamais : il y manque l'intelligence, et l'oubli des gros sabots cyniques de la clownerie et du ridicule.

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Si le film n'était que con, on l'oublierait, on irait se faire un steak et voilà. Mais en plus de ça, il est très mal monté (je ne comprends pas comment la petite fille est arrivée à Séoul, ni comment elle se retrouve dans cette parade finale, il doit me manquer des bobines), joué au plus rapide (revenons sur cette fillette, expressive comme une bûche, et prolongeons sur Jake Gyllenhaal, totalement en roue libre, jamais effrayant, et poursuivons sur le fadasse Paul Dano, condamné à jouer une ombre), naze dans les scènes d'action à cause d'effets spéciaux complètement ratés (on ne croit jamais à ce gros cochon) et beaucoup trop disneyen pour développer quelque discours insolent que ce soit. C'est coloré comme un film de Tim Burton sous acide, hystérique comme un mauvais Kusturica, binaire comme un Star Wars, et on veut nous expliquer que c'est le brulôt politique du moment. A la sortie, on a envie de prendre une carte fidélité chez Charal histoire de réduire à néant ce film putassier.   (Gols - 11/07/17)

okjaaaaaaa