6163-2

Crime, rédemption et colts rutilants sous le cuisant soleil du Far-West : De Toth taille son film dans le rugueux bois du western classique, et livre une partition pas désagréable du tout, et même parfois attachante. Tout tient dans le personnage : Randolph Scott est bien courageux d'avoir accepté ce rôle de loser déplaisant. Dans la première bobine, il est même carrément enfoiré : il sert d'espion à un infâme pilleur de ville et incendiaire de maisons. Quand son chef éradique une ville entière et assassine de sang-froid un brave unioniste de ses amis, le sien, de sang, ne fait qu'un tour : désormais, il ne prendra plus le prétexte de la guerre pour commettre des bassesses. Il file en Arizona où on lui confie la garde de la diligence qui transporte la paye des ouvriers, régulièrement braquée par les pillards. Mais son passé de félon va le rattraper, et il va devoir user de sa ruse pour déjouer les pièges, anéantir le bandit mexicain en même temps que les hors-la-loi américains, séduire la jeune première tout en ménageant la femme qui lui a sauvé la vie, le tout en sauvant sa peau et en s'achetant une morale. Pas facile facile. Mais c'est Randolph Scott, allez, on a confiance.

Gun-Pair2

C'est trépidant à souhait, même si, trop concentré sûrement sur les effets 3D, De Toth se montre un poil paresseux dans les scènes d'action. Le film a été tourné avec des effets relief, et du coup, nombre de transparences piquent l'oeil, et pas mal de petits trucages sont répétés et sur-répétés à l'envi (le gars qui jette sa torche en feu sur la caméra). Encore une fois, la vraie qualité du film tient à son personnage, contraint de jouer sur trois tableaux pour parvenir à faire retrouver la paix à la ville. Préfigurant le Eastwood de la série des "dollars" de Leone, le gars manipule tout son petit monde en se tenant sur la corde raide, faisant croire aux méchants qu'l est méchant et aux gentils qu'il est gentil. Un véritable numéro de faux-semblants qui se joue au milieu des cavalcades et des coups de feu. Au centre de chaque scène, Scott joue son machin sans se forcer, assez classe, mais autour de lui, les seconds rôles sont fun et drôles : la palme d'or à Ernest Borgnine, ricanant et sirupeux (et doublé dans les scènes de bagarre par un type qui lui ressemble comme je ressemble à Simone Weil), mais respects aussi à Lee Marvin et à Alfonso Bedoya, impeccablement effrayants. La mise en scène est complètement à leur service, sachant toujours mettre en avant là une petite expression, ici une ligne de dialogue particulièrement bien envoyée, rien à dire, c'est du joli travail. Jusqu'au bout, ce petit western bien délassant restera dans les marques, et on s'en trouvera sinon renversé, du moins satisfait.

The stranger wore a gun09

Go west