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Retour en très grande force après un ou deux épisodes un peu trop froids et cérébraux, ce Décalogue 9 (titre original : Nie pożądaj żony bliźniego swego) renoue avec une sentimentalité forte qui passe avant la réflexion sans l'occulter bien entendu. C'est l'histoire d'une jalousie irraisonnée, du combat entre ce qui est juste et ce qui est insupportable. Roman, médecin, apprend qu'il est impuissant. Il tente donc de convaincre sa femme de prendre un amant. Mais quand celle-ci, en secret, obéit à cette injonction, le gars perd les pédales (au vrai sens du terme, puisque ses cascades en vélo sont de plus en plus suicidaires), devient l'espion des frasques sexuelles des deux infidèles, et ne se remet pas de cet ordre des choses. Lui-même, peut-être tenté par une jeune chanteuse qui lui sert de secrétaire (et qui permet de faire entendre une magnifique partition) et prisonnier de la demande faite à sa femme et par sa jalousie, est perdu. Tout l'art de Kieslowski est de nous placer du côté de cet homme meurtri, guettant avec lui les moindres doutes quant à la constance de l'épouse, torturé comme lui quand preuve est faite. Accompagné de la musique parfaite et dépouillé du bon Preisner, le drame, presque vaudevillesque en surface, est prenant et douloureux.

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Cet épisode dresse de subtils ponts avec certains des épisodes précédant, en inversant notamment le point de vue entre les personnage du 2, en reproduisant le système d'espionnage du 6, en reprenant le thème de l'infidélité du 3. Certes, le scénario est un peu invraisemblable, avec cet amant qui rejoint sa belle aux sports d'hiver, ce mari plâtré jusqu'au cou après son suicide au vélo, cette femme qui débarque chez elle chaussures de ski aux pieds. On peut même y trouver un certain humour, un peu pathétique, un peu désolé. Mais cet épisode, en s'intéressant plus cette fois-ci aux petits battements de coeur qu'aux grandes théories philosophiques, touche agréablement, avec ses acteurs impeccables, sa petite musique intime, sa justesse de sentiments. Un épisode en mode mineur pour une série qui, somme toute, trouve là un de ses sommets.