9782246813897,0-4140496Eh oui, le fascisme ne porte pas toujours mêche blonde, patronyme repéré ou moumoute de travers (même si aussi). Il peut parfois prendre des visages plus larvés, et surgir de propos populistes a priori sans danger. C'est pourquoi la réédition de ce petit texte du bon gars Umberto Eco est nécessaire, et le restera tant qu'il y aura des poujadistes pour s'accaparer l'opinion du peuple, c'est-à-dire de toute évidence éternellement. Après une petite intro autobiographique, dans laquelle le gars rappelle qu'il a été aux jeunesses fascistes comme tous ses camarades, après un petit détour vers le portrait du clown Mussolini, après un rapide tour de table historique pour pointer les imprécisions de la langue entre nazis, fascistes et autres noms d'oiseaux, il s'attarde de façon plus érudite sur les 14 points qui définissent le fascisme de façon incontestable. C'est ce qu'il appelle "l'Ur-fascisme", le fascisme originel. Avec ces 14 points, croyez-moi, on va dénicher le petit faf même dans les bistrots de province. Peur de la différence, élitisme populaire, machisme, mépris pour les faibles et culte de la force, chacun des points évoqués paraît pertinent, et est développé avec un souci de clarté et de précision qui font honneur à leur auteur. A lire la chose à côté du Wikipedia de Le Pen, on pointe soigneusement chaque chapitre (elle l'a, ça aussi, ça aussi...) en admirant son score final, mais on se rend compte que ces facilités politiques peuvent se cacher aussi chez d'autres beaucoup moins patibulaires (Macron, Fillon, Mélenchon, tous peuvent recevoir allègrement 5 ou 6 croix sur les 14). Voilà le genre de petit bouquin imparable, quoi, à brandir dès qu'un pauvre tweetos hurle au fascisme ou qu'un petit nouveau se pointe sur l'échiquier politique : une référence pour vérifier à qui on a affaire. En tout cas, Eco se fait très pédagogique avec cet essai, et son écriture est limpide, simple et nette. Ce qui fait de son livre un petit objet nécessaire et édifiant.