9782207131558,0-4149404C'est le souci avec ces auteurs plus ou moins à la mode pendant un ou deux ans : on sort d'eux la moindre parcelle de texte, romans achevés ou vagues choses vaguement abouties, pour étancher la soif des lecteurs éphémères, et tant pis pour le reste. Colin Winnette a les faveurs des amoureux des romans noirs en ce moment, alors en route pour sortir dans l'urgence cette longue nouvelle pas bien finie, courte en bouche et assez attendue. Bon, c'est pas si mal, on sent que Winnette en a sous le coude, qu'il sait brosser une trame et des personnages en quelques lignes, nous enfoncer le nez dedans en quelques pages, et nous en donner pour nos instincts de meurtres sordides. C'est déjà pas si mal. Nous voici dans la tête d'une mère dont la fillette, un beau matin, a disparu. La seule chose qu'elle peut dire : elle est venue la réveiller, et la petite n'était plus là. Elle va alors traîner sa détresse de plateaux de télé en soirs de désespoir, accablée devant la répétition de son malheur : les mêmes couples défilent sur les plateaux de TV, hurlant leur peine et prononçant toujours les mêmes mots face aux enfants disparus. La femme voit bien que son cas n'en est qu'un au milieu des autres, mais elle s'accroche à l'espoir, jusqu'à la folie destructrice. Viendra le coup de théâtre final (que j'imagine, vous voyez venir), terrible et glauque bien entendu, on fermera le livre avec bienveillance, et on l'oubliera très vite. Avec une impression d'avoir déjà sillonné 200 fois les mêms chemins, que le genre n'a plus grand-chose à inventer, et qu'il faudrait maintenant une écriture plus que géniale pour arriver à nous raconter encore la même histoire sans nous lasser.  Winnette ne sera pas l'homme de la situation : s'il n'a pas à rougir face à ses camarades de jeu, il ne sort jamais du rang, et ce ne sont pas ses petites acrobaties (des chapitres qui ne font parfois qu'une ligne, des tentatives de rupture radicales dans le texte) qui sauvent le livre de la masse. Du easy-reading qui rentre par une oreille.