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Oshima réalise un film à partir d'un fait divers un peu glauque (des parents poussent leur enfant à se jeter sur des bagnoles pour gratter de l'argent auprès de naïfs conducteurs) qui prend souvent des tournures néo-réalistes voire ozuesques. Je m'explique. On suit donc les traces de notre petit gamin à la casquette jaune, un gamin plutôt solitaire et taiseux qui obéit avec une certaine docilité à son père (branleur fort en gueule) et à sa belle-mère (profiteuse, certes, mais qui finit par tisser une certaine complicité avec le gamin, elle-même n'hésitant pas à l'occasion à se lancer dans ce jeu lucratif). Dès le départ, on sent le poids de la solitude et de l'incompréhension sur ce gamin utilisé jusqu'à la corde par des adultes peu scrupuleux. Il peut tout de même de temps en temps "se confier" à son tout petit frère : il se lance alors dans un récit mettant en scène des extra-terrestres, traduisant indéniablement son envie de s'échapper de l'univers bouché de ses parents. Une très jolie scène le montre finalement s'attaquant à un bonhomme de neige qu'il a lui-même qualifié "d'extra-terrestre" ; sa volonté de le détruire montre à quel point le gamin semble en avoir terminé avec ses illusions, ne croyant même plus en ces "dieux sauveurs" qu'il a créés de toute pièce.

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Faut dire que notre petit garçon semble dix fois plus mature et responsable que les adultes : il est le seul à être touché par un accident que son petit frère a provoqué en courant sur une route enneigée ; cette petit botte rouge d'une petite fille blessée qu'il ramasse dans la neige (alors que ses parents se sont vite enfuis de la « scène du crime ») est comme le symbole de la tâche morale qui pèse sur ses parents. Oshima joue également joliment au cours de son film avec les teintes (les scènes gris-bleus ou en noir et blanc) donnant cette impression d'univers mental du petit garçon comme départi de ses couleurs, de ses espoirs. Beaucoup aimé aussi cette capacité du cinéaste à laisser sa caméra tourner lorsqu'il suit ce petit garçon dans ses accès de doute. On voit le pauvre gamin souvent errer ou finir par se replier sur lui-même, cherchant par tous les moyens à échapper à ce véritable petit jeu de massacre (le gamin, à force de se jeter sur les voitures, a le corps couvert de bleus) dans lequel l'entraînent des parents dont la conscience morale semble au niveau de la mer. On pourrait évoquer également les ellipses qui parsèment le récit (notamment après la fugue du gamin) qui ajoutent à cette sensation de "trou", de "vide" dans la trajectoire de cet enfant sans repère qui se voit récompenser uniquement lorsqu'il a permis à ses parents de se faire un petit paquet d'argent. Une oeuvre teintée d'un sentiment de tristesse mais fabuleusement portée par la bouille ozuesque de ce gamin qui trace malgré tout sa route dans cet univers violemment frauduleux et amoral.

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