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Ça fait du bien de voir un esprit un peu politiquement incorrect surgir dans la comédie française populaire, entre un vaudeville paresseux et un film de droite fier de lui. C'est pourquoi on accueille Problemos avec toute la bienveillance possible, et on se réjouit que la famille égarée placée à deux rangs devant nous prenne dans sa gueule ce film malpoli et régressif. C'est vrai que c'est drôle, Problemos : un bobo parisien sûr de lui et de son portable, décide d'aller passer quelques jours avec femme et enfant dans une ZAD, squat rural sympathique régulé par une bande de néo-babos intégristes parfaitement poilants. Vous n'habitez pas dans le Sud, vous ne pouvez pas savoir, mais je vous jure qu'on reconnaît chacun d'eux, et que le trait n'est pas forcé : la féministe ultra qui chante "J'aime mes règles", le hippie vieillissant prônant une communauté peace and love, l'ex-urbain à la théorie impossible et à la grammaire vacillante, le clochard aviné que tout le monde prend pour un chaman, le vétéran de Serbie reconverti, le bourgeois convaincu mais qui retombe dans ses travers à la moindre difficulté... Tout ce beau monde chante des chants révolutionnaires espagnols, pratique des ateliers création sur bois, discute du pluri-amour, se pouille sur la notion de propriété, considère la vessie comme un muscle à développer, et refuse de donner des prénoms à leurs enfants pour "ne pas leur coller une étiquette dès la naissance". Bref une belle bande d'allumés, qui va se trouver confrontés à la fin du monde, et devoir réviser leurs concepts de communauté idylique. Le tout sous l'oeil narquois de Judor, véritable connard qui ne voit dans ce séjour que l'occasion d'exercer son égoïsme et sa soif de pouvoir.

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Les dialogues fusent, les gags sont finement écrits, et c'est vrai que, dans la première moitié du film, on se marre allègrement devant ce jeu de massacre qui renvoie tout le monde dans les cordes, faux hippies cradingues et nantis fiers de soi. Judor ne recule devant aucune outrance, et son écriture est directe, attaquant à la gorge. Pourtant une certaine tendresse se fait sentir dans ce regard sur cette communauté bancale, notamment sur le "chef" de la troupe, grand naïf consensuel qui veut convaincre tout le monde. Mais à la longue, le film piétine, et se laisse enfermer dans son système de "film à vannes". Judor échoue complètement à donner du liant à ses sketches, et son scénario est plein de trous, de défauts ; à vouloir traiter douze sujets à la fois (une pandémie, une guerre contre un clan adverse, une nana qui se croit dans un jeu télé), le scénario s'effiloche. C'est le défaut de 99% des comédies : oublier qu'il y faut un script en béton pour tenir la route. Là, aussi à cause d'acteurs très inégaux, et d'une total absence de regard de metteur en scène, on a droit à un film qui aurait pu être très fun décliné en série sur Canal, mais qui s'enfonce dans l'ennui et le flou artistique. C'est bien dommage : Judor a un vrai style au niveau de l'écriture. Qu'il confie toute la partie technique à un metteur en scène, et il atteindra le nirvana. A voir quand même, parce que c'est drôle, et rien que pour voir la tronche de la fillette de cinq ans assise deux rangs devant vous en entendant une réplique telle que "Moi, j'ai un souci, j'ai la chatte qui me gratte".

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