xDecalogue-lmc-5

Tu ne tueras point est certainement le point d'orgue de la série au niveau de son sens, de son scénario. Frontalement, sans prendre aucune pincettes vis-à-vis de son spectateur, Kieślowski s'attaque à la peine de mort, renvoyant tout le monde, assassin, victime, disciple de l'Etat, bourreau, dos à dos, dans le même marasme moral. Le film est beaucoup plus simple que les autres épisodes, linéaire et privé de symboles. Et si on aperçoit une nouvelle fois l'ange blond qui apparaît toujours, c'est simplement pour un regard implorant qui tente d'empêcher les choses, pour un coup d'oeil empathique, mais pas pour plonger le truc dans le mystère. Trois parties : avant le crime, pendant et après, autour de trois personnages : l'assassin, petit mec désoeuvré et hanté par la mort de sa soeur ; la victime, chauffeur de taxi libidineux et détestable ; et l'avocat, jeune intello en plein doute. Kieślowski tente le coup de Haneke, et ne cherche aucune explication à l'acte en lui-même : une rencontre au mauvais endroit au mauvais moment, et voilà notre chauffeur de taxi occis, dans une longue scène insupportable et directe. C'est le climax de l'épisode, croit-on ; le pire est encore à venir.

maxresdefault

Car le commandement-titre semble aussi bien s'adresser à Jacek, qui a tué sans raison, qu'à la Pologne elle-même, qui autorise le meurtre légal, et est renvoyée à sa propre absurdité. La très longue séquence de l'assassinat de Jacek est encore plus abjecte que celle de son crime : suite de cris, de pleurs, de renoncement, face à un avocat dépassé, terrorisé, jusqu'à ce claquement sec de la trappe, c'est une école de rigueur et de cinéma-vérité, un témoignage sans appel de ce qui se passe réellement dans les prisons à ce moment-là. On ressort de cet épisode soufflé par la frontalité de la chose, et étouffé par ces ambiances volontairement laides et sclérosantes. Dommage que Kieślowski ait choisi pour illustrer son digne propos une forme très marquée qui lui va mal au teint : des filtres verdâtres très 80's, très marqués ; une curieuse utilisation des focales et des ouvertures à l'iris qui occultent une grande partie de l'écran et tordent les visages ; un montage curieux, en gros plans, qui occulte le monde extérieur. Curieux choix, qui annule le côté cinéma-vérité et est là comme pour rappeler qu'il y a un cinéaste derrière (et un grand, semble dire Kieślowski, un peu mégalo dans cet épisode). La première partie est quelque peu gâchée par cette forme très marquée, et il faut passer les 20 premières minutes pour vraiment plonger dans le film. Quand on le fait, l'expérience est glaçante.

decalogue5