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On continue sur la belle lancée du n°3, avec cet épisode (titre original : Czcij ojca swego i matkę swoją) tout en sentiments rentrés et en jeux de hasard. Cette fois, c'est les rapports filiaux qui sont abordés, et comme l'indique le commandement-titre, il va s'agir d'honorer son père, sa mère, et ceux qu'on a toujours pris pour. Anka est une apprentie-comédienne qui n'arrive pas à exprimer sur scène le sentiment amoureux. Et pour cause : elle est complètement amoureuse de son père Michal, et entretient avec lui une relation fusionnelle issue sûrement de la mort de la mère il y a longtemps. A la faveur d'un voyage de ce dernier, la belle découvre et ouvre une lettre laissée par la défunte, qui lui apprend que Michal n'est pas son père. Ce qui confirme ses pulsions secrètes : une relation amoureuse peut s'instaurer entre les deux, mais peut-on vraiment en instaurer une entre deux êtres qui se sont côtoyés depuis l'enfance et ont entretenu des rapports filiaux ? Hein ? Peut-on ? Un trouble jeu de séduction/répulsion va commencer entre les deux personnages, qui vont se rendre compte qu'il avait commencé il y a longtemps...

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Après les ambiances nocturnes des premiers épisodes, Kieślowski ouvre les volets et baigne cet épisode dans la clarté solaire de Varsovie. Au plus près de ses acteurs, il filme un dilemme bergmanien tout en douceur, très finement joué (impeccable Janusz Gajos), et joliment retors dans sa trame. Il fait aussi se croiser dans une mise en abîme de plus en plus pointue les personnages des premiers épisodes, notamment cet ange qu'on avait vu dans le n°1. Cette fois, il porte mystérieusement un bateau dans les deux épisodes clé du film, allez comprendre. Si l'enjeu est assez lourd (aimer son père, aimer sa fille), la légèreté fait souvent son apparition dans cet épisode, et ça fait du bien : petite scène croquignolette au début, agréable chassé-croisé dans un ascenseur, c'est plus lumineux. Malgré tout, le poids est là, et on suit avec passion ce lent cheminement amoureux, difficile et sulfureux. Le coup de théâtre final, très habile, remet un coup de lumière sur l'ensemble, et, par-delà la difficulté de cette chienne de vie qui foire les rencontres, on quitte cet épisode tout ému. Un très bon cru.

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