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On continue dans la fête au village de Varsovie avec ce film austère et triste comme un jour sans pain (dont voici le titre original, qui ne tient pas dans la bête fenêtre de titre : Nie będziesz brał imienia Pana Boga swego nadaremno). Cette fois le sujet est presque un sujet de comédie, mais on peut compter sur Kieslowski pour transformer ça en drame intimiste le plus tourmenté. Andrezj se meurt dans une chambre d'hôpital. On voit qu'il meurt parce qu'il fait d'étranges rêves d'eau qui envahit sa chambre. Sa femme harcèle son médecin pour savoir s'il va mourir ou non. En effet, s'il survit, elle sera obligée d'avorter du bébé qu'elle attend de son amant ; s'il meurt, elle le garde et tout va pour le mieux. Mais le médecin, bourru et légèrement rancunier (la nana a écrasé son chien il y a peu, subtil rappel du premier épisode), joue un peu, retardant ses entretiens avec elle, et est de plus incapable de se prononcer réellement. Elle le poussera jusqu'au bout, et il jurera que le gars va mourir, aucune chance. Mais il ne faut point, comme dit notre seigneur, commettre le parjure...

Dekalog2-1

Encore une fois une histoire d'êtres solitaires, de gens qui se croisent à peine dans ce triste immeuble, et dont les relations se limitent à quelques mots émis depuis leur mutisme. Le film traite pourtant de dépendance les uns par rapport aux autres, chacun étant lié par une promesse, un amour, une rancune. Encore une fois, il oppose la science à l'irrationnel, et encore une fois la première est prise en défaut par la seconde. Le film est peut-être moins accrocheur que le premier, trop bergmanien dans le traitement ; mais il pose une fois encore des questions métaphysiques assez profondes, et les traduit là encore par une mise en scène mathématique, très géométrique même. Les cadres très radicaux rompent avec la musique très romantique de Zbigniew Preisner, la froideur des éclairage rompt avec ces plans très doux dans leur symbolique : la guêpe qui se sort miraculeusement du verre de sirop constitue presque le plus gros suspense de cet épisode. La trame est volontairement opaque, dessinant des personnages complexes et souvent incompréhensibles, et le spectateur est condamné à chercher par lui-même les clés de tout ce bazar. On continue donc : pas la plus fun des séries, mais indéniablement la plus intelligente et la plus exigeante.

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