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Rien de tel en ces temps rugueux qu'un bon vieux film tchécoslovaque des sixties particulièrement âpre. Soit donc le surnommé Dragon, un type borgne (un peu l'une de mes spécialités), qui revient après plusieurs années dans son village d'origine. Les villageois le regardent comme s'il incarnait la peste et l'on se demande bien ce qu'ils peuvent craindre de ce simple potier (y'a-t-il jamais eu un serial-killer potier ? Eh bien, non, c'est un métier purement pacifiste, potier). A l'aide de quelques flashs-back on va découvrir que l'homme avait une liaison avec une jeune femme du pays (tenues blanches, baisers champêtres : une parenthèse de légèreté dans cette atmosphère lourde comme la mort) et les raisons pour lesquelles l'homme fut mis au ban de la société... On comprend rapidement que ce solitaire n'a jamais été qu'un bouc-émissaire (il y a une sécheresse, c'est lui !), accusé à tort d'avoir en son temps volé de la farine (mais ce sont des sacs de glaise, bande d'abrutis ! Oui mais bon, tu as une tête de coupable, on va te la fracasser et brûler ta maison pour la peine). Dragon revient donc en ses terres et, pas revanchard pour un sou, propose ses services pour aller sauver le bétail du village encerclé par un feu de forêt. On lui fait autant confiance qu'à un homme politique, mais va, cela lui donnera au moins l'occasion de se racheter… Mais la rédemption est-elle encore possible en ces temps sombres ?

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Musique funeste qui fout les jetons, noir et blanc sobre, cadre propre et efficace, l'ambiance n'est pas à la fête dans ce petit village reculé où chacun regarde notre borgne du coin de l'œil. Beaucoup plus spectaculaires seront ces images littéralement infernales de ce troupeau de vaches cerné par les flammes, devant s'engouffrer dans des goulées montagneuses pour pouvoir s'extraire de la fournaise. Dragon agit en chef de meute et guide ses ouailles animales avec panache et détermination. Il est accompagné dans sa besogne par l'un de ses ennemis intimes (qui lui a piqué sa gonzesse), un taiseux envoyé par le maire du village pour surveiller les agissements de Dragon : la peur étant qu'il vende le troupeau à des contrebandiers de l'autre côté de la frontière. Suspicion, suspicion quand tu nous tiens... On a beau être de tout cœur avec notre borgne, on sent bien qu'il n'a pas fait le plus dur pour se faire à nouveau accepter au sein de cette petite communauté sclérosée. Plus notre homme fait preuve de probité et plus les villageois semblent se méfier de ce potier qui vivait paisiblement dans son petit coin... Grecner filme les villageois au plus près comme pour nous faire sentir ce climat étouffant, anxiogène d'hommes entre eux ; si les plans sur la nature pourraient nous faire quelque peu respirer, celle-ci n'en apparaît pas moins comme bien souvent menaçante (le rocher qui poursuit Dragon, le feu dans la forêt, le torrent du fleuve). On suit le parcours digne de notre ami Dragon sans se faire plus d'illusion que cela sur sa capacité à se faire à nouveau accepter par ces villageois aussi torves et ambigus que les individus des Saisons de Pons (cela faisait longtemps que je l'avais pas replacé). Âpre film d'un cinéaste qui a indéniablement l'œil.

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