the_bfg

Je l'ai repoussée, la vision de ce film, je le sentais pas, un sentiment. Mais je ne m'attendais tout de même pas à tomber sur un navet. Tout est raté dans The BFG, depuis le scénario jusqu'à la technique, et de la part du mec le plus bourré de thunes imaginatif du cinéma américain, ça fait mal. On se croirait revenu aux temps funestes de Hook, sauf que le film souffre en plus d'une imagerie puérile qui lui enlève le côté douloureux et troublant du sus-cité. Bon, en gros, c'est l'histoire d'une petite fille (insupportable tête à gifles Ruby Barnhill) qui rencontre un bon gros géant gentil tout plein qui l'emmène dans son pays merveilleux où son taff consiste à attraper les rêves (... on sent venir le désastre). Mais ce monde est en fait sous la férule de géants encore plus géants et très bêtes qui ont pris notre ami comme tête de turc. Aidé par sa nouvelle et valeureuse petite copine et par la reine d'Angleterre, le gars va bouter les méchants géants hors du royaume et retrouver l'harmonie d'un pays mignon et plein de rêves (et sans Macron). Roald Dahl, l'auteur du roman originel, a dû vomir dans ses toilettes le soir où il a pondu un truc aussi sucré, que même un enfant de quatre ans trouverait kitsch. Le texte est d'ailleurs réputé inadaptable, mais à l'impossible Spielberg n'est pas tenu, et le voilà qui chausse ses gros godillots psychologiques et numériques pour nous enfoncer la tête dans le gros gâteau.

anglo_2000x1025_thebfg

On ne sait pas vraiment où placer notre désolation. Dans la vision de papy du monde de l'enfance, celle persuadée qu'un attrapeur de rêves fait encore sauter de joie les enfants du XXIème siècle ? Dans cette version expurgée des grandes thématiques spielbergiennes, transformant le retour à une enfance trouble en odyssée au pays d'Haribo ? Dans la parfaite laideur des effets numériques, qui lissent tous les mouvements, transforment la moindre expression d'acteur en pixel privé de toute émotion ? Dans ce choix hyper douteux de mélanger à l'écran les couleurs primaires, dans une esthétique proche du vomis ? Dans ce rythme déséquilibré, qui fait alterner des scènes longuissimes (celle, centrale, de l'attrapage de rêves, 8h02, dont 8 heures de trop) et les mini-séquences incompréhensibles ? Dans ce goût douteux pour les pets, lors d'une scène vraiment pleine de malaise de la part d'un cinéaste pourtant habitué à des choses plus subtiles ? Dans ce piétinement en bonne et due forme de tout ce qui fait la magie spielbergienne, lissée par les effets à la con, saturée de trucages jusqu'à la nausée, qui fait penser à un remake de E.T. raté ? Tout peut être accusé, et tout afflige. La seule chose à sauver dans ce marasme, ce sont les dialogues : le géant emploie un langage inventé assez astucieux (mes hommages aux auteurs des sous-titres), et on reste du coup un peu réveillé. Mais au bout de ce très long pensum, on a quand même la sale impression que The BFG est le premier navet intégral de son auteur. Les débuts de la sénilité ?

bfg-1