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Voilà une comédie eighties assez enlevée (que je connaissais ni d'Eve) qui va bientôt avoir les honneurs de la collection Criterion. Si il est indéniable qu'au niveau vestimentaire les années 80 n'ont pas grand-chose à envier aux 70's, le film fait un constat assez édifiant sur "l'évolution des moeurs" entre les deux décennies. Soit donc David et Linda Howard (Albert Brooks himself, tout en énergie, et Julie Hagerty, véritable sparring-partner qui sait prendre les coups sans les donner), un couple financièrement peu à plaindre (ils sont cadres, lui dans une boîte de pub, elle dans un grand magasin) mais qui indéniablement s'emmerde ; s'ils projettent l'achat d'une maison toute équipée (et sûrement dans la foulée la conception du premier gosse), ils voient bien que leurs vieilles idoles (ils sont tous les deux fans d'Easy Rider) et l'esprit libertaire qui va avec appartiennent au passé... Sur un coup de sang, David va démissionner et entraîner Linda à l'aventure : on annule l'achat de la baraque, on se paye un mobil home grand modèle et avec toute la thune qui reste on se fait un trip sur les routes américaines : première étape Las Vegas pour un re-mariage qui pète. Ou pas. Car dès le départ, la gâte Linda va un peu s'emballer et perdre 100.000 $ (toutes leurs économies) à la roulette. Le road trip à la coule part vite en quenouille... Nos deux trentenaires pourront-ils s'en remettre (en vivant d'amour et d'eau fraîche...) ou vont-ils finir par se faire bouffer par les années thunes ?

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L'idée de départ, en plein reaganisme, est réjouissante comme si l'esprit des seventies n'était pas tout à fait mort... On est dès le départ de tout cœur avec les Howard, leur rêve et leur mobil home de folaille... Seulement voilà, l'euphorie fait long feu et sans le sou l'avenir apparaît vite assez sombre. Brooks se fait plaisir et fait tourner la caméra au max pour mettre en scène des discussions d'anthologie avec un responsable de casino (David cherche à se faire rembourser l'argent perdu... l'effort et les arguments sont beaux..), avec un type d'une agence pour l'emploi dans un bled (il cherche un boulot pas forcément aussi bien payé qu'avant mais assez consistant quand même... l'issue sera tout décevante...) ou encore un flic fan d'Easy Rider (relativement ouvert et empathique, le flic...). Des discussions à bâtons rompus qui donnent toute la sève à cette comédie très bavarde... Au sein du couple, passée l'engueulade de base (le David fait forcément la gueule quand il découvre la folie de sa femme et leur couple touche le fond au bord... d'un barrage abyssal), ils font preuve d'une relative solidarité, ils sont prêts, malgré les divers aléas, à aller jusqu'au bout de leur rêve comme disait l'autre à la même époque... Seulement voilà, la philosophie seventies a la vie dure dans cette nouvelle ère. Au moins, ils auront tenté mais à l'impossible...

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On ne passe pas son temps à se taper sur les cuisses mais on apprécie les divers coups de gueule et l’humour grinçant de l'ami Brooks même s'ils se révèlent bien souvent aussi pathétiques que son "fight" contre la montagne qui a pris sa femme en stop : on sent qu'au fond de lui, il aimerait y croire mais le sort semble s'acharner contre eux... ou bien c'est simplement leurs propres idéaux qui se sont trompés d'époque. Le fait est que cette petite oeuvre des mi-eighties garde suffisamment de sel et de peps pour l'apprécier encore... sous Trump. Si on fait fi de l'esthétique vintage, of course...