9782757862483,0-4072535On dit qu'il y a trop de livres qui sortent. Tant qu'on éditera des trucs inutiles comme ce bouquin-là, on n'y échappera pas. Véritable entreprise de pollution de tout ce qui fait la grandeur de la littérature, Pour la Peau représente à peu près tout ce que je déteste dans un bouquin. L'auteur a vécu une histoire d'amour, comme 100% de la population mondiale, s'est fait jeter comme 100% de la population mondiale. Mais alors que 99,9% de la population mondiale accepte et passe à autre chose, Emmanuelle Richard estime que son expérience est édifiante, et entreprend donc de rédiger un texte pour narrer dans le détail les petites anecdotes de son histoire. Si la belle pète de travers ou si son amant change de sous-pull, les chiens sont lachés, la tragédie prend sa place et ça remplit deux pages de "oui, mais ça veut dire que la couleur de son sous-pull ne lui convenait pas, et donc que moi non plus je lui conviens pas et donc qu'il m'aime pas et donc que j'ai besoin d'aller à Biarritz pour lui montrer que je l'aime mais il a déjà été à Biarritz avec son ex donc c'est elle qui va lui acheter ses sous pulls mais pourtant que je l'aime mais...", le reste à l'avenant. Dans ce charabia psychologique, on devine la très grande mégalomanie de l'auteur, qui trouve que tout ce qu'elle vit est beaucoup plus important et tragique que tout ce que vivent les autres, la preuve c'est qu'elle sait écrire. On se met à sincèrement plaindre l'amant en question, s'il a dû se fader ce caractère et ce bavardage incessant, et à se demander pourquoi il est resté plus de deux heures avec elle. Mais à qui peut bien s'adresser ce machin, inintéressant et vide ? La belle essaye bien, pour faire acte littéraire, de varier les styles, d'attaquer chaque chapitre de façon différente ; mais ses tentatives échouent sur la vacuité de l'entreprise : on ne fait pas un livre avec une liste de courses, ou alors il faut être un très grand écrivain. On se prend alors à devenir réac, on rêve d'une littérature qui nous tirerait enfin vers le haut, d'un Dosto, d'un Harrison, d'un Giono, et de voir ce genre de produit pour magazines féminins disparaître définitivement dans les journaux intimes pour demoiselles pensives.