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Bien content d'avoir creusé la veine Kramer pour découvrir ce "buddy movie" contraint et forcé. A ma droite, Sidney Poitier, forçat qui tue le temps en chantant ; à ma gauche, Tony Curtis, petite frappe nerveuse dont émanent des relents racistes. Le camion qui les transporte entre deux prisons verse dans le fossé et nos deux forçats enchaînés se font la belle. Au vu de leur caractère, le shérif ne donne pas cher de cette alliance de deux frères ennemis : l'échappée risque en effet de rapidement tourner au vinaigre entre ces deux forts en gueule têtus comme des mules et adeptes de la baston...

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Il y a beaucoup de bonnes choses et d'intelligence dans ce film rondement mené (c'est presque aussi bon que Les Spécialistes de Leconte, c’est dire - humour, hein) : Curtis excelle à jouer la petite teigne hâbleuse face à un Sidney à la carrure imposante. On attend la première étincelle entre les deux hommes pour voir à quoi pourrait ressembler une baston entre deux personnes menottées. On ne sera point déçus... Mais l'aspect le plus brillant (et attendu) reste la solidarité forcée entre les deux hommes qui ne tarde pas à se transformer en véritable fraternité. Au départ, forcément, ils n'ont pas le choix de s'entendre, bien obligés de courir dans la même direction ; cette entente forcée vire à la collaboration lorsqu'ils doivent faire face à des obstacles (traverser un impressionnant cours d'eau ou se sortir d'un trou d'eau dans la glaise sous une pluie battante - j'en ai frissonné pour eux). Il y a aussi, peu à peu, bien sûr, les petites discussions de fond entre les deux hommes où chacun apprend à s'écouter. Enfin, on prend plaisir à voir évoluer cette volonté de s'en sortir à deux... ou pas, qui nous donnera un final assez surprenant.

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Il y a quelque chose de coenien et de fordien (n'ayons pas peur des mots) dans ce récit : coenienne avant l'heure est la personnalité de ce shérif un peu branle-manette qui n'a pas l'air ultra pressé de mettre la main sur les deux hommes ; face à un responsable de prison ultra speed, notre shérif réagit avec flegme quand il s'agit de mettre en place une stratégie ; il a pleinement conscience qu'il est entouré d'une bande de bras-cassés (un maître-chien qui n'est pas trop pour faire courir ses bêtes, des couillons de chasseurs (mention spéciale pour celui qui vit avec sa radio) qui s'improvisent policiers dans la chasse aux hommes) mais il reste persuadé que nos deux forçats ne pourront aller bien loin. Du coup, il apporte un soupçon de nonchalance et une pointe de comédie dans l'une des chasses à l'homme les plus merdiques de toute l'histoire du cinéma. Fordien après l’heure, disais-je en faisant le malin, dans cette superbe séquence où les deux hommes tombent dans les mains de villageois : les hommes surexcités se verraient bien improviser un petit lynchage public (en plus, il y a un black !!!) mais c'est sans compter sur la présence du charismatique Lon Chaney Jr as Big Sam qui va protéger les deux hommes contre tout le village et gâcher la partie - Lon a ses raisons que la populace ignore et se dresse en rempart humain pour éviter un massacre. Curtis et Poitier ont chaud aux fesses sur l'action mais sont encore loin, après avoir échappé au pire, d'avoir un avenir – cette aventure tisse malgré tout un peu plus les liens entre les deux hommes qui, sans se l'avouer, finissent par se respecter... reste à trouver l’occasion pour se l’avouer franchement. Au final, on assiste à un film haletant avec une bien belle couche d'humanisme qu'on aimerait voir plus souvent. Passez-vous le message et les menottes (chers commentateurs un peu pusillanimes ces derniers temps - Tourneur, pétard, c'est notre idole !).

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