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On reste en croisière, après One Way Passage, avec ce gros morceau de bravoure dans la filmo de Roy Baker : le cinéaste anglais s'attaque au Titanic et réalise un film catastrophe tout en sobriété renvoyant Cameron dans les cordes du pur spectacle tape-à-l’œil. Ce qui intéresse Baker, c'est de faire un portrait "le plus juste possible", à hauteur d’hommes, de cette ville flottante sur laquelle se retrouvent pompeux nobles, classe moyenne en lune de miel (un couple notamment qui a eu le nez creux) ou simples petits émigrants irlandais. Baker tente en parallèle de faire une galerie de personnages des plus crédibles (des friqués qui veulent mourir de façon digne, en gentleman, aux friqués les plus fourbes et les plus veules, prêts à tout pour piquer la place sur un canot d'une femme ou d'un enfant) et de montrer les différentes étapes de la catastrophe sans tenter d'en rajouter dans le voyeurisme ou l’émotion facile.

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Un pauvre iceberg planté au milieu de nulle part, une déchirure à la coque sur 100 mètres et c'est plus de 2.200 personnes incrédules, en pleine croisière de leur vie, qui vont devoir quitter le navire : petit problème comptable, les canots sont prévus pour seulement 1.200 personnes. On ne fait pas les fiers dans la cabine de pilotage... Beaucoup aimé d’ailleurs, la façon dont l'ingénieur s'adresse au capitaine du bateau juste après l'incident : "- C'est grave ? demande ce dernier derrière sa barbe de vieux capitaine ; - Ben on va couler d'ici une heure et demie... D'autres questions ?". Point de vent de panique sur ce Titanic-là, où on s'en va prévenir femmes et enfants (d’abord en 1ère classe... on verra plus tard avec le reste...) de se munir d'un petit gilet de sauvetage et de prendre place dans un canot. Pendant que l'orchestre continue d'enchaîner les morceaux comme un juke-box, femmes et enfants se dirigent diligemment vers leur bateau de fortune. La panique, bien sûr, viendra mais seulement dans les derniers instants : Baker ne cherche pas à faire de son navire spectaculaire un spectacle macabre, plus intéressé, disais-je, à montrer la personnalité de chacun face à l'épreuve ; aucun canot ne tombe à l'eau en tuant 45 personnes dans sa chute, et rares sont les personnes que l'on verra mourir "en direct" - ils plongent, cut, on sait qu'ils n'en ont pas pour très longtemps, pas besoin de montrer leur agonie. On admire la grandeur d'âme de certains, l'union qui fait la force des amoureux, et la filouterie mesquine des autres (le type qui se pare d'un turban pour ressembler à une femme et dont le subterfuge est découvert une fois qu'il est sain et sauf sur un canot). Baker montre aussi les terribles coups du sort de ce navire supposé insubmersible : un autre navire se tient à une poignée de miles de la ville flottante coulante. Malheureusement, les responsables de ce navire resteront simples spectateurs à distance de la tragédie qui se noue : leur homme de liaison pionce et les personnes sur le pont regardent, béats, la quinzaine de fusées d'alarme envoyée par notre Titanic - ils doivent sûrement essayer, disent-ils placidement, de prévenir les autres navires qu'il y a de la glace alentour. Cela renforce le sentiment d'impuissance absolue devant cette catastrophe que personne n'osait prévoir - c'est un peu comme si la Tour de Babel s'enfonçait dans les flots sous le regard froid d'un Dieu vengeur. En cela le film de Baker (très soigné dans ses décors  - du dining room à la salle des machines en passant par les impeccables maquettes - sans jamais chercher à faire le petit malin) est une digne réussite. A movie to remember.   (Shang - 01/04/17)

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Après trois films sur le sujet (celui de Cameron, celui de Klinger et Selpin et celui-là), je crois pouvoir l'affirmer : j'aime beaucoup les films sur le Titanic. Celui-ci est sans doute le plus honnête sur le sujet, ne cherchant pas à fabriquer de la fiction sur cet événement déjà bien assez romanesque, ne cherchant pas non plus à convaincre un camp ou l'autre comme ce fut le cas pour le film un peu propagandiste des années 40. Il retrace dans un souci de véracité tout à fait respectable les tenants et aboutissants de cette catastrophe. Il évacue d'entrée de jeu l'avant : pas d'histoire d'amour à la con (ou presque), pas de grands discours sur la lutte des classes, pas d'accusation sur le rendement du navire à l'encontre du capitaine ; ce qui ne l'empêche pas d'évoquer tout ça, mais sans en faire trop. Ce qui intéresse notre bougre, c'est l'humain et sa confrontation avec la mort. Dès que le bateau a heurté son glaçon (soit en gros 15 minutes après le début du film), Baker déploie son savoir-faire, qui est grand, pour pointer les petitesses et les grandeurs de ses personnages voués au grand plongeon.

anighttoremember1958

Shang le dit, et c'est exact : le film est très impressionnant par la pâte humaine qu'il brasse, chacun ayant sa petite part à jouer dans le grand folklore du naufrage. Il y a les héros, ceux qui se sacrifient, ceux qui prennent la chose avec un flegme imparable (oui, c'est anglais ; j'ai adoré notamment le petit vieux qui continue à lire son bouquin dans le restaurant alors que le bateau sombre bel et bien), ceux qui font leurs adieux gorge serrée mais un sourire aux lèvres, ceux qui se prennent une ultime cuite, ceux qui restent à leur postes jusqu'au bout ; et puis il y a les misérables, les petits, les lâches, ceux qui se déguisent pour monter dans le canot, ceux qui tentent le soudoiement, ceux qui hurlent leur mère, ceux qui tentent pathétiquement de sauver leurs bijoux. A ce jeu-là, Baker renvoie tout le monde dos à dos, première et troisième classe : les frontières sociales sont abolies pour laisser place aux comportements humains, point. Et s'il ne se prive pas pour montrer que les pauvres ont eu accès aux canots en dernier, il se garde bien de déifier ces derniers, ou de conspuer les riches : dans le malheur, tout le monde est égal. On reste bouche bée devant l'ampleur du film, hyper vaste mais n'oubliant jamais les personnages dans le grand barnum, et par cette façon de tout filmer, les lieux les plus vils (la salle des machines) comme les lieux les plus glamour (la salle de bal). On a l'impression que tout ce qu'il y a à dire là-dessus est dit, et le film rend une justice d'une belle dignité aux victimes et aux survivants de la catastrophe. On se dit aussi que Cameron a eu tendance à emprunter pas mal de détails à A Night to Remember, jusqu'aux angles de caméra (le type qui monte quand même dans la barque, vu par le second et pardonné dans l'instant), jusqu'à quelques images spectaculaires vraiment impressionnantes (le Titanic penché à angle presque droit et où glisse cette foule hurlante). En tout cas, on est scotché, on prie pour que cette fois ces pauvres gens en réchappent, et on applaudit le formidable spectacle qui nous est donné. Très satisfait.   (Gols - 30/01/21)

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