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Faire un film sur un prisonnier allemand qui est parvenu à s'échapper pendant la guerre (apparemment LE seul (!)) quand on est anglais, c'est un sujet déjà ultra fair-play. Faire interpréter le rôle par le Steve McQueen germanique, Hardy Krüger (hâbleur, sportif, tchatcheur... et fier comme un aigle - bon, il est allemand), est tout aussi louable car, même si le gars se la pète grave, il ne représente en rien la caricature de l'Aryen con comme son casque en bol et sanguinaire - il devient même rapidement sympathique tant il est capable de s'adapter à chaque situation. Soit donc Franz Von Werra abattu en Angleterre et rapidement confiné en cellule. Le type déjoue les interrogations des supérieurs britanniques et n'affirme qu'une chose : il parviendra à s'échapper. Chaque fois qu'il est conduit dans un lieu, notre homme fait un plan et parvient à tromper la vigilance des gardiens... avant de se faire rechoper. Mais notre type est pugnace et même lorsqu'on décide de le conduire au milieu de nulle part au Canada, il ne perd pas la fois de réussir à se faire la malle... Quitte à aller au bout du bout de ses forces...

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Roy Ward Baker, dès la première séquence où l'on découvre Hardy (il vient d'atterrir en catastrophe, il est entouré d'un cuisinier avec un grand couteau (!) et deux militaires armés), nous montre avant tout un simple être humain : notre homme ne cherche pas à flinguer à tout va, à détruire pour le plaisir ; il sait qu'il est pris et se rend sans chercher à feinter. De la même façon, alors que les officiers cherchent à lui soutirer malicieusement des renseignements, il a toujours l'intelligence de ne pas tomber dans leurs petites ficelles. Notre homme a un unique objectif : s'enfuir ; pour cela il faut être plus malin que ses gardiens ; et le fait est qu'à chaque fois il l'est. Le cinéaste ne cherche jamais une nouvelle fois à nous montrer un personnage sans foi ni loi : il s'échappe "à la régulière" (sans tuer personne) et puise dans ses ressources physiques et mentales pour mettre toutes les chances de son côté ; tour à tour sportif ultra endurant ou acteur de haut vol (il parle parfaitement l'anglais et se fait passer à l’occasion pour un aviateur hollandais pour faire passer l'accent), il épuise jusqu'à la trame chaque opportunité - quitte à finir le nez dans le marigot ou avec un gun sur la tempe alors même qu'il tente de s'emparer d'un avion. La dernière partie au Canada (tournée en Suède et particulièrement réaliste pour rendre les conditions extrêmes qu'il se doit d'endurer pour parvenir à ses fins) nous rend définitivement l'homme touchant dans son jusqu'au-boutisme pour échapper à "l'ennemi", le sien. Du coup, bien difficile de ne pas trouver cette autre œuvre de Baker parfaitement moulée (on n'a pas toujours l'occasion d'encenser un réal anglais...), tant il parvient sur le fond (faire d'un Allemand une sorte de héros douze ans après la fin de la guerre) comme sur la forme (le récit est toujours haletant : chaque tentative d'évasion comporte son lot d'aventures et de situations tendues) à nous scotcher à son histoire. Intelligemment humaniste et joliment troussé, ce n'est pas un vain compliment.   (Shang - 26/03/17)

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J'ai bien été pris moi aussi au charme sans façon de ce film d'action et d'aventures tendu comme un bras de nazi. Baker, justement, évite tout ce qui pourrait fâcher, la politique, les vieilles rancunes, l’ambiguïté : son héros ne clame pas de thèses xénophobes, ne joue pas les héros face à ses ennemis. C'est juste un mec qui veut s'échapper, et retrouver sa patrie pour repartir en guerre. Qu'il soit nazi ou pas est oblitéré. Une fois ce principe admis, on est dans un magnifique film à suspense comme on n'en fait pus guère (peut-être Spielberg et son Catch me if you can auquel on pense souvent ici ?). Portée par le pétulant Hardy Krüger, effectivement photogénique à mort, cette odyssée comporte son lot d'humour, d'aventures, de tension, à la manière des bons vieux films d'évasion d'antan. Et je vous défie de pas supplier le ciel de sauver notre pauvre bougre dans la dernière bobine, la plus spectaculaire, quand il doit traverser un lac gelé au bout du monde. Oui, cet officier allemand nous est rendu sympathique, ce qui peut donner lieu à discussions. Mais c'est tout à l'honneur de Baker et de ses scénaristes d'avoir su faire la part des choses et montrer que de chaque côté de la barrière il y avait de vrais héros. En tout cas, c'est de l’efficacité à 100%, tous les postes sont occupés par des professionnels sans faille, et on passe un excellent moment devant ce petit film oublié et délicieux.   (Gols - 24/01/23)

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