9782818042045,0-4032626La jeune Hélène Zimmer, scénariste de son état, nous offre ici un premier roman qui se plait à vous asséner de grands coups de poing dans le bide. Une occupation comme une autre, et qui donne ma foi un bouquin sans concession. Nous voici devant une femme d'aujourd'hui, Coralie, enfants à charge, mari chômeur, patron tyrannique, amis vagues, vie de merde. Elle va inscrire son mari à une émission de télé-réalité qui se propose de donner du travail aux chômeurs, et faire par la même occasion la preuve que l'existence est une chienne qui dévore tout crus les hommes, et surtout les femmes. La vision de la vie selon Zimmer, c'est quelque chose. Bouchée par tous les côtés, elle prend la forme d'un long cauchemar ennuyeux et vulgaire, où les rapports entre hommes et femmes sont biaisés et forcément inégaux, où les enfants sont des ersatz d'adultes égoïstes et bruyants, où les relations avec les amis se cantonnent à des apéros insipides et des vannes plus ou moins fines, et où, pour compenser tout ça, la télévision extirpe le pire de ces pathétiques existences. On a vu plus gai. En tout cas, sans éviter toujours une certaine complaisance et quelques excès dans la gadoue, Zimmer y va très fort : composé presque exclusivement de dialogues, monosyllabiques et rageurs, son roman est un catalogue de vies ratées, rendues d'autant plus âpres qu'elles ont bien l'air de ressembler aux nôtres. Le livre passe super rapidement, grâce à ces pages très bien rythmées, répétitives, qui vous emmènent façon spirale jusqu'à cet épisode culminant, le tournage de "Fairy Tale", l'émission de télé : on atteint alors le comble du mépris, une sorte de mise en scène cynique du monde pour en faire quelque chose d'acceptable, alors que les méthodes de tournage sont insupportables. Zimmer pointe violemment l'endoctrinement de la société, qui enferme Coralie dans une succession de rôles tous plus sclérosants les uns que les autres. Loin d'essayer de s'en échapper, elle en accepte les modalités, même les plus injustes et les plus humiliantes. Voilà un livre absolument désespéré, duquel on ressort avec une méchante gueule de bois, un livre juste, donc.