9782330075545,0-4045815Shangols fait feu de tout bois, et s'attaque aujourd'hui à Britney Spears. C'est du moins à ce personnage plus mystérieux qu'il n'y paraît que s'attaque Coppey, qui prend soin pourtant de changer les noms histoire d'éviter les procès. On reconnaît pourtant aisément la starlette dans ce portrait distopique, qui, à travers elle, s'intéresse à la texture de la célébrité, de l'idôlatrie, et inversement de la déchéance du monde du spectacle. Deux personnages, qu'on suit aletrnativement, nous sont proposés : Mike Chevreuil anime un show mythique, mais il se fait vieux et la jeunesse menace de le virer. Il décide alors, pour son dernier show, d'inviter THE star, Eden, qui s'est retirée dix ans auparavant et que personne n'a revue. Les recherches que fait l'animateur sur la chanteuse sont l'occasion de revenir sur ses frasques, excès et scandales passés, et on assiste également à la vie de la belle aujourd'hui, enfermée dans son immense villa avec ses conseillers, ayant renoncé à tout. Des deux côtés, des personnages fatigués, usés, qu'on croirait appartenir à un autre monde, vieilli, dépassé : Mike, tout d'ambition vaine et de jalousie, se trouve face aux limites de son émission, entre jeux de mots obligés et traque du scandale, entre bienveillance et sarcasme ; Eden, très beau personnage, est partagée entre sa nostalgie du succès et son avachissement sous les médocs, entre recherche d'une dernière trace d'amour et superficialité.

Mine de rien, Coppey finit par nous intéresser à ces deux destins pathétiques, entièrement voués aux paillettes et à la nécessité du succès. C'est surtout Eden qui accroche, son caractère complètement gommé par sa vie publique et sa cour, par les dizaines de coachs, de masseurs, de conseillers en communication qui l'entourent. L'auteur nous fait bien sentir comment la société du spectacle peut finir par annihiler une personnalité, comment celle-ci peut n'avoir plus aucune importance dans le processus qui fait sa célébrité. Eden n'est plus constituée que de son passé, du fantasme qu'elle a incarné, des photos où elle a été prise sur le vif : voilà un très beau personnage "sans caractère", une façade que Coppey décrit avec cruauté mais aussi beaucoup d'empathie. Son constat est amer, son portrait du show-biz à charge, mais il n'en oublie pas pour autant de créer de vrais personnages, de ne pas se laisser aller au facile cynisme. Dans une écriture très fluide, très bien rythmée, il nous embarque dans cet univers fade et facile, où on peut tout obtenir en une fraction de seconde, mais où les êtres se sont perdus, tout comme le spectacle est prêt à les dévorer pour passer à une autre victime. Eden est un être sacrificiel et sacrifié, et Coppey le montre avec subtilité, faisant semblant d'écrire une quasi-biographie de son modèle, mais en relevant doucement les horreurs de ce monde dominé par les communicants et les marques. Un beau roman, en retrait, qui parle du monde d'aujourd'hui en faisant mine d'y adhérer, et qui trouve une juste place par rapport à son sujet.