9782070143191,0-3985453Allez, les enfants, on y croit, au retour de Djian. On constate que le gars revient plus ou moins en force depuis quelques romans (oublions Love Song, voulez-vous), avec ce style très maîtrisé, ces romans moins ambitieux certes mais plus apaisés, moins petit malin. Et louons tous en choeur le dernier né, Marlène, un des meilleurs crus depuis longtemps. Pour une fois, le gars laisse (presque) tomber ses coquetteries d'auteur en vogue. Ok, il n'y a toujours pas de ponctuation autre que les points et les virgules, Djian semble trouver que c'est définitivement génial, si il veut ; ok aussi, ses chapitres découpés à l'emporte-pièce, qui durent parfois un seul paragraphe, ça sent un peu la gaminerie, mais je veux bien. Mais pour tout le reste, on est étonné de voir un tel équilibre, une telle maîtrise de l'écriture, et on applaudit des deux mains.

D'abord parce que le gars renouvelle bien sa galerie de personnages, de plus en plus tourné vers les femmes, qui n'avaient pas la part belle naguère. Il resserre cette fois sa trame sur une poignée de personnages, et notamment deux vétérans de l'Afghanistan : l'un est un indécrottable célibataire plein de toc, l'autre un gars incontrôlable. Il vivent entourés de femmes, Nath, l'épouse pas très fidèle, Mona, la fille en pleine crise, et surtout Marlène, la belle-soeur à lunettes, qui va venir façon Betty mettre le feu aux poudres. Mais contrairement à l'héroïne de 37°2 le Matin, celle-ci est une brave nana, pas super jolie, maladroite et attachante, et la zizanie qu'elle sème autour d'elle semble lui échapper. Personnage ambigu, que Djian décrit comme un secret : est-elle la dangereuse manipulatrice que voudrait y voir Richard, mettant le grappin sur Dan pour mieux trouver un père à son enfant ? ou est-elle juste une bénédiction du ciel, un personnage curieusement mûr et calme dans l'oeuvre de Djian ? Autour d'elle les petits événements (ou parfois les gros) s'enchaînent, toujours le goût pour transcender le quotidien par des personnages forts et bigger than life.

On aime cette petite tramette ramassée, simple, remplie de coups de théâtre abrupts et d'humour. Mais surtout on aime le style djiannesque, qui a rarement été aussi fin. Qu'il décrive un nuage qui menace ou un type qui nettoie un bowling, qu'il s'attarde sur un chien ou sur l'éclair d'une cuisse nue, Djian choisit toujours le bon angle, le regard qu'il faut, la petite formule qui rend le détail intéressant. Ce qu'il montre là, et c'est nouveau chez lui depuis Dispersez-vous ralliez-vous,  c'est la vie toute simple : pas la peine d'en rajouter (ou presque pas la peine : il y aura bien quelques coups de fusils dans cette histoire, le gars ne peut pas s'en empêcher), les personnages qui la font sont déjà bien assez passionnants. En tout cas, Djian revient en excellente santé, chargeant son roman d'un humour bon enfant, de sexe torride et de considérations sur la vie comme il ne nous en avait pas offert depuis longtemps. Un livre lumineux sur l'amour apaisé, sur la camaraderie et sur le toilettage pour chiens : un excellent moment.