the-sons-room

Difficile de dire exactement en quoi, mais La Chambre du Fils est un film magnifique. On a l'impression d'avoir vu 100 fois ces scènes, d'avoir épuisé le sujet de la famille face à la tragédie ; mais Moretti semble réussir mille fois mieux chacun de ces épisodes, cultivant une symbolique très discrète, occultant tout pathos de cette tragédie, enchaînant presque mine de rien les scènes délicates et justes, pour finir par dessiner des personnages qu'on a rarement vus aussi forts. Soit donc une famille lambda, heureuse, rigolote, aisée, harmonieuse ; soit donc, à l'exacte moitié du film, le drame, la mort du fils ; et soit donc la famille qui tente de faire face, d'accepter le quotidien avec ce manque, de continuer à vivre malgré tout. Pas plus. Un sujet simplissime mais très casse-gueule, que Moretti aborde franchement, sans se cacher, observant surtout ce que cette disparition fait sur les personnages, leurs actes, leurs absences, leurs décisions, leurs comportements.

ChambreFils1

Cette mise en parallèle des deux moitiés du film est une grande trouvaille. C'est comme si le gars avait fait un dyptique, comme s'il filmait les deux faces d'une même pièce. Une scène heureuse et lumineuse de la première partie aura son versant noir dans la deuxième, un geste esquissé dans la deuxième aura eu son explication dans la première. On a ainsi une construction en miroir, ou en triangle (la scène traumatique en formant le sommet) d'une grande intelligence, et du coup on regarde ce film qui aurait pu n'être que petit avec plus d'acuité. Et on fait bien : Moretti est d'une justesse de chaque instant. Il y avait pourtant de quoi se pêter la binette avec un sujet pareil, mais le gars évite tous les écueils. Pas de débordements, pas de crises d'hystérie, pas de cris : juste de temps en temps les larmes qui explosent, la mélancolie d'écouter un disque de Brian Eno, des crises de culpabilité, des conversations dévitalisées entre parents, et surtout la vie qui renaît très doucement : la fille qui fait un sourire de dragueuse à un garçon, une balade sur la plage, une virée en bagnole jusqu'à la frontière française, et aussi cette petite fiancée éphémère du fils qui le remplace bien vite par un autre, et c'est bien normal. Moretti est du côté de la vie, et son film est très lumineux, refusant de s'enfoncer dans la noirceur. Ni dans le sur-explicatif : dans un côté "behavioriste" hérité peut-être de la littérature américaine, le gars préfère filmer des gestes que se livrer à de vastes considérations psychologiques qui auraient alourdi le film. Son personnage est pourtant un psy, chargé de porter la misère du monde sur ses épaules (très joli catalogue de patients), mais le film évite complètement cette piste. Même si, allez, petite réserve, Moretti est meilleur réalisateur qu'acteur, on passe devant ce film simple et habité un moment de vérité vraie.

259-1-moyen

Quand Cannes,