9782362792090,0-3738771Raufast cherche un peu son style dans ce roman pas désagréable, mais dont on se demande où il veut nous emmener. Son histoire commence comme un récit d'aventures placé sous le signe de Moby Dick, sous des auspices mêmes carrément scientifiques, et puis s'échoue sur les rivages d'une SF dystopique un peu floue. Du coup, le roman est fluctuant, on ne sait s'il faut se laisser embarquer dans la croyance aveugle dans la fiction qui nous est racontée, ou s'il faut y voir une symbolique distancée ; et si oui, laquelle ? Bref, nous voilà embarqués sur un baleinier censé dénicher une baleine unique, dont les cris sont sur une fréquence différente des autres, et qui du coup est condamnée à errer solitaire. Jolie idée poétique, dans laquelle Richeville voit une occasion d'exercer à la fois son goût de l'aventure et ses élans littéraires. Mais l'expédition va tourner court, le capitaine est un salopard sans éthique, le reste de l'équipage est tout aussi torve, et notre Richeville va être embarqué dans une histoire très trouble de tests eugénistes, d'expérimentations mutantes et de profits guère reluisants. A partir de ce discours un peu candide de la première partie, Raufast va peu à peu faire entendre les voix des autres protagonistes de l'aventure, dévoilant de sombres desseins, à base de péril écologiste et de surenchère scientifique. Avec comme enjeu la fameuse formule de l'effet papillon, les pires malversations à un bout de la planète pouvant entraîner la mort d'une pauvre baleine en plein océan.

C'est raconté de façon plutôt dynamique, souvent drôle, et chaque nouveau témoignage ouvre de nouvelles inventions toutes plus dégueulasses les unes que les autres. Raufast pointe les horreurs de la loi de la concurrence scientifique et la société du profit, et invente quelques personnages parfaitement diaboliques. Son sens des situations extrêmes est un poil poussé sûrement, le gars veut nous faire pousser des oh et des ah avec trop d'application, mais on est agréablement bousculés, c'est un fait. Le souci, c'est qu'à la fin du bouquin, on se retrouve un peu ballot, sans avoir trouvé par quel bout attraper ce truc. On ne sait pas du tout ce que Raufast a entrepris avec ce livre peut-être un peu inutile, qui nous fait passer deux heures sympa mais qui se révèle assez léger au bout du compte. Ne l'enlevez pas de votre pile à lire, non, mais mettez-le en dessous.