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Voilà un bien beau film d'artiste, qui se rit ardemment de la technique disneyenne en vogue. Laudenbach est français, il lui faut donc relever la main des cinémas d'animation japonais et américain. Il le fait en se distinguant largement d'iceux. Son film est lent, étrange, sulfureux, à l'opposé de tout ce qui se fait en terme de dessin animé actuellement. Après, qu'on mette ça sur le compte d'une vision singulière, ou d'un manque de moyens, la question est posée. Bon : le gars choisit comme référence les tableaux de Matisse, et livre, techniquement, une oeuvre hyper originale. L'écran est plein de vide, rempli de traits minimalistes ; les personnages, souvent réduits à une simple tache de couleur sur laquelle on esquisse vaguement un visage ou un corps ; les décors résumés à une évocation, quelques arbres, un cours d'eau minimaliste... C'est l'école arty, quoi, une façon de faire entrer la peinture dans le cinéma, de tenter le choc esthétique vis-à-vis des références enfantines, et d'ajouter de la poésie graphique à l'histoire. Du point de vue esthétique, donc, on aime ou on n'aime pas (moi, j'aime plutôt pas), le moins qu'on puisse reconnaitre, c'est que Laudenbach y va, désireux sûrement de laisser sa trace dans l'Histoire. L'oeil est littéralement choqué, au départ, par cette esthétique, et c'est petit à petit qu'elle nous dompte (ou pas) (moi, elle m'a plutôt pas dompté). Côté technique, donc, on ne peut pas lui reprocher, prise de risque totale.

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Mais si on peut aimer le film pour ça (moi j'ai plutôt pas aimé), on se rend vite compte que les jolis dessins sont les arbres qui cachent la forêt. Dans le fond, c'est très lourdaud. D'abord parce que Laudenbach adapte un conte de Grimm pas passionnant, mélangeant dans un foutoir sans style la trame initiatique, la magie à la con et la symbolique bettelheimienne la plus pataude. Ensuite parce que, devant un matériau pas très riche, il surabuse des scènes longuettes et inutiles. Enfin, parce que les comédiens, complètement privés d'énergie, semblent passer à côté de la chose : la Palme à Jérémie Elkaïm, qui interprète le Prince comme s'il avait appris "Le Corbeau et le Renard" par coeur en CE1. On cherche un peu ce qu'il y a à comprendre dans cette histoire de jeune fille vendue au diable, qui se fait couper les mains, puis rencontre la reine de la rivière avant de retrouver ses mains dans un regain de grâce incompréhensible (très mal amené par le scénario). On patiente en regardant les petits dessins délicieusement sophistiqués du sieur, mais ça ne satisfait pas beaucouo non plus. Le film semble chercher son public (enfants ? adultes ?) et a l'air de le trouver dans le lectorat le plus huppé de Télérama. Une jeune fille sans sève.