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Desplechin adapte pour la télévision une pièce d'Ostrovski et livre une petite chose absolument délicieuse qui permet aux acteurs de se régaler. Il est donc question d'une tante radine (Martine Chevallier as Raissa) qui se targue de vouloir marier sa nièce (Adeline d'Hermy as Axioucha) à un aristocrate sans le sou, le fils d'une amie. Pour ce faire, elle veut vendre une partie de sa propriété à un Moujik pour lui fournir un dot... Balivernes, car l'histoire est beaucoup plus complexe que les apparences le laissaient supposer au premier abord ; Axioucha, d'une part, est amoureuse du fils du moujik (Laurent Stocker as Piotr) et ne se voit pas au bras de ce jeune aristocrate arrogant et opportuniste ; d'autre part, la gredine de tante en pince pour cet aristocrate et semble bien décidée dans un second temps à filer le parfait amour avec ce jeunot... Dans ce contexte familial un peu trouble, surviennent deux trublions en la personne du neveu de la tante (Michel Vuillermoz) et d'un compagnon de route (Denis Podalydès), deux acteurs qui trainent leurs guêtres en province. Les deux énergumènes vont parfaitement "jouer leur rôle" de trouble-fête pour que chaque personnage puisse, au final, y trouver son compte.

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Vuillermoz et Podalydès sont en constante "représentation" et amènent par leur truculence et leur complicité légereté et humour à ce petit drame familial. Desplechin, tout comme dans l'excellent En jouant dans la Compagnie des Hommes, insèrent à cette adaptation en décors "naturels" des séquences jouées sur scène (tout cela étant amené avec une grande fluidité, floutant joliment la frontière entre aspect théatral et cinématographique) ; cela met d'autant plus en relief les prestations du petit couple Vuillermoz et Podalydès qui, à défaut de pouvoir vivre de leur art, mettent leur art au service de la vie des autres : Vuillermoz s'emporte, s'emballe, vocifère et anime à la perfection ces petites intrigues familiales relativement mesquines. Lors d'une ultime séquence "mettant en scène" l'ensemble des personnages, Vuillermoz se lance dans un petit numéro en roue libre pour mettre au clair la situation. Il sacrifie son propre "cachet" au profit d'Axioucha et peut quitter la scène certes sans le sou mais avec la satisfaction d'avoir parfaitement rempli son rôle "d'artiste"... Accompagné du complice Podalydès, il peut reprendre la route vers de nouvelles aventures le coeur léger. Au-delà de la direction d'acteurs au cordeau, Desplechin soigne particulièrement son montage et ses changements d'angle pour dynamiser cette pièce classique du répertoire russe et en faire un téléfilm (en seulement 15 jours de tournage) de bien belle facture. Une forêt russo-desplechienne dans laquelle on prend un plaisir non feint à se balader.

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