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Mis sur la piste de ce Sidney par l'un de nos avertis commentateurs, je me lançai la fleur au fusil dans ce film choral au féminin censé se dérouler dans les années 30. Je dis "censé" car il est vrai qu'esthétiquement parlant, on n'a pas vraiment l'impression que le Lumet ait particulièrement soigné sa "reconstitution" ; à tel point d'ailleurs que l'on finit par se persuader que le type l'a fait exprès, histoire de rendre le parcours de ces femmes des thirties très proche de celui des femmes des sixties... De quoi est-il réellement question dans cette oeuvre éclatée - on passe d'une femme à l'autre en un clin d'oeil, pouvant s'arrêter dix secondes ou dix minutes sur une tranchette de vie - et au montage particulièrement soigné (plus que la mise en scène serais-je presque tenté de dire) ? Elles sont huit, elles viennent tout juste de finir leurs études supérieures et le monde semble s'ouvrir à ces femmes brillantes intellectuellement et physiquement rayonnantes. Mais, et là est toute la problématique, est-il vraiment possible pour ces femmes de s’imposer dans ce monde en crise ?

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Sans vouloir chercher à s'attarder tour à tour sur ces huit destins, disons que l'on se rend rapidement que la vie de ces femmes est liée aux hommes qu'elles rencontrent et que de ce point de vue-là ce n'est pas vraiment folichon : entre celle totalement sous la domination de son mari (un dramaturge raté qui sombre dans l'adultère et qui finit par frapper sa femme - ce salopiot de Larry Hagman (J.R. !) dont le seul mérite est de savoir faire son propre Pastis...), cette autre qui attend désespérément qu'un homme marié quitte sa femme pour elle ou encore cette farouche démocrate dominée par ce conservateur qui l'oblige à nourrir son fils au sein, le constat est clair ; on vit encore totalement dans un monde dominé par les mâles et malgré tout leur talent et leurs envies, ces femmes éprouvent bien des difficultés à imposer leur choix, à suivre leur voie. L'une d'elle (la superbe Candice Bergen dont l’histoire est révélatrice) aime les femmes et devra pour vivre en toute tranquillité ses amours s'exiler en Europe ; sa « petite amie » américaine connaîtra un destin plus tragique... L'autre fait qui saute aux yeux est le souci constant de ces femmes à chercher à sauver les apparences : même malheureuse au sein de leur vie de couple, aucune n'ose vraiment l'avouer à leurs "amies" (amies entre guillemets parce qu'on ne pas dire que ces huit femmes, qui passent un temps infini au téléphone à potiner, fassent preuve d'une solidarité exemplaire) ; pour illustrer cet aspect, on pourrait citer la vie déroutante de cette femme, Libby, qui ne cesse de se vanter de ces conquêtes - en vérité, la donzelle ne supporte pas qu'on la touche et demeure vierge jusqu’au bout... On a connu des émancipations plus réussies...

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On pourrait en particulier goûter ce troublant parallèle - à l'aube de la révolution sexuelle et de la mise en marche des mouvements féministes - entre ces deux époques (les années 30 et 60), comme si, en creux, le message était que, quelle que soit la capacité de ces femmes, celles-ci avaient encore bien du mal en général à pouvoir imposer leur vue. On reste un peu plus circonspect devant ces saynètes qui s'enchaînent sans qu'on puisse réellement s'attacher à tel ou tel personnage, à telle ou telle histoire : on aurait pu rêver d'un grand film choral féminin à la Altman ; on assiste plutôt à des tranchettes de vie de desperate housewives ou de desperate single women, comme si finalement chacune était traitée de façon un peu superficielle. D’ailleurs, si on soulignait en intro un indéniable sens du rythme dans cette oeuvre de 2h30 (il faut les tenir), on a en revanche bien du mal à s'attacher à ces figures à peine esquissées que l'on retrouve de manière trop sporadique ; difficile d’ailleurs de retenir une séquence particulièrement "troublante" qui marquerait les esprits (si ce n'est celle pleine de malaise de cette pauvre Dottie qui se laisse déshabiller par ce peintre qui est sorti avec elle "par défaut" ; après leur nuit "d'amour", elle déchantera très vite, la bougresse) et ce petit regret au final d'assister à film très bavard qui nous échappe un peu (on est d’ailleurs totalement perdu durant les trente premières minutes pour différencier les personnages). Une oeuvre avec des enjeux intéressants mais qui manque un peu de « grip » - n’est pas Robert qui veut.

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