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Relativement disappointed par ce nouvel opus de Lee qui semble dans un premier temps verser du côté d'une certaine causticité avant de rejoindre l'ornière en bonne et due forme. Certes, sans doute que le sujet de cette putain de guerre en Irak a tendance à devenir un peu secondaire en cours de route. On comprend rapidement qu'il est surtout question pour notre héros (Joe Alwyn, un gros sensible) de reprendre contact, après cette parenthèse guerrière, avec les siens, avec son coeur, avec ses envies. En cela le film permet au Joe d'avoir des instants émotions familiaux (ah cette chère soeur si empathique - Kristen Stewart bizarrement amochée pour le rôle) et des instants sexy prometteurs (cette pom-pom girl, Mackenzie Leigh (aperçue dans l'excellent James White, c'est vrai) a vraiment un sourire à faire tomber un phare). En parallèle, Ang Lee tente une critique un peu acerbe de la société du spectacle (présentation des soldats "héroïques" lors de la mi-temps de la finale du superball : ils ont peur des fumigènes, ces cons et ne sont pas trop à leur aise en chandeliers vivants au milieu des Destiny Childs) voire d'Hollywood (toujours intéressé pour récupérer des "true stories" à bas prix... Mouais). Au-delà de ces micro-allusions à ce monde sans foi ni loi (on se rend compte également au passage que la société américaine aurait comme un culte de la violence : des joueurs de football américain qui se fracassent sur le terrain aux roadies qui prennent deux fois à partie les soldats, Ang Lee donne une image peu reluisante de cette société virile et bête - à tel point que les soldats finissent d'ailleurs par ne guère regretter de partir : violence pour violence, autant aller sur le terrain qu'ils maîtrisent finalement le plus), le cinéaste semble prendre soin de bien rentrer dans les clous, tenant au final un discours mâtiné de patriotisme qui fait bâiller.

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Joe pourrait en effet avoir l'opportunité, après ce tour aux US pour saluer l'héroïsme de leur mini troupe, de quitter l'Armée et de se faire réformer... Seulement voilà, même si le bougre hésite, quand on le voit pleurer à chaudes larmes lors de l'hymne américain chanté par une Céline Dion châtrée (je maintiens l'adjectif), on sent bien que le Ang va finir par faire pencher la balance du bon vieux côté conservateur. Le pire (ce qui fait en plus de Joe un vrai trou du cul) c'est qu'il sent que sa nouvelle copine, la pom-pom girl au sourire si doux et aux seins si ronds, risque de ne plus le voir du même oeil s'il quitte en cours de route son job (même s'il avait envie de partir, il resterait dans l'armée pour lui faire plaisir : leur histoire est donc déjà bâtie sur un compromis de faux-cul) ; de plus, il se sent investi d'une mission paternaliste (prendre soin des plus jeunes couillons de la bande) un peu pathétique (il est conseillé par un Van Diesel post-mortem, vous imaginez à quel point le film perd en crédibilité). Au final une oeuvre molle qui hésite entre une petite remise en cause de l'engagement ricain (mission de chiotte en terrain hostile pour que les rois du pétrole en profitent : quel discours original !) avant de saluer ouvertement le choix de ces jeunes gens engagés volontaire pour la patrie. Halftime couillu.   (Shang - 07/02/17)

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Ah... j'ai compris le film à l'inverse de mon camarade. Là où il a vu du patriotisme, j'ai vu des skuds balancés à la face de l'Amérique, là où il a vu un éloge du va-t-en-guerre, j'ai vu un antimilitarisme aigu. Comme quoi, hein, on peut interpréter un film comme celui-ci de façon radicalement opposée. Ce qui compte, c'est qu'on a tous les deux apprécié la chose (plus ou moins), moi y ayant vu un brûlot anti-social, Shang y ayant vu un éloge de la grande Patrie. Condensant avec habileté le retour d'un vétéran héroïque d'Afghanistan sur une seule journée emblématique, Ang Lee nous propose une version résolument vomitive de l'Amérique de base : tout, dans cette journée infernale de match de foot, représente un pays gangréné, par la bêtise, la violence, la société du spectacle, le fric, et Billy Lynn (immense acteur, un Christopher Walken en puissance), ayant vécu quelques secondes d'enfer intime dans un guet-apens au front, va subitement se retrouver dans ce bain de futilité violente. Le mélange qui va en résulter donne un film brutal, très pessimiste, plein de bruits et de fureur mais pourtant concentré sur l'hébétude du personnage. Le gars traverse tout ça complètement passif, sur les scotchs, ne se rebellant qu'in extremis quand un producteur de cinéma veut pousser un peu trop loin le bouchon de la domination par le fric. Seul minuscule contrepoint calme au chaos du monde : la soeur, marquée d'ailleurs à vie par une autre forme de violence, qui va lui faire envisager pendant quelques instants la possibilité du bonheur loin du bordel ; Billy, chair à canon non seulement de la guerre mais de l'Amérique patriotique, y renoncera pourtant, rentrera sagement dans le rang. Pression de la société, de la pom-pom girl de service, de la famille, de ses camarades de combat, de l'Amérique toute entière qui hurle son besoin de violence : il retournera combattre.

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La mise en scène de Ang Lee est impressionnante. On plonge ni plus ni moins dans la tête de ce personnage sans caractère, voyant par ses yeux se déployer ce spectacle de carton-pâte plein de chants patriotiques, de gros Américains obèses, de pom-pom girls lississimes, de publicités tonitruantes et de crétinerie brandie. Le spectacle qui en sort est un flux de bêtise, rarement on a eu l'impression de rentrer ainsi dans la profonde stupidité de l'Amérique, et dans la facilité avec laquelle elle phagocyte les caractères. Ce qu'a vécu Billy Lynn en Afghanistan est une douleur indélébile, mais est récupéré par la société du spectacle, et devient dès lors intransmissible. Malgré des maladresses, malgré des acteurs inégaux (grosse erreur de casting : Diesel, proprement nul), malgré quelques longueurs, Billy Lynn's Long Halftime Walk exprime avec une grande acuité ce que devient le monde contemporain, entre puérilité et virilité exacerbée, une société de gosses immatures qui tiennent pourtant les rênes du monde. Un film très triste, presque nihiliste, un vrai pavé dans la mare de la politique américaine et de ses citoyens éructants.   (Gols - 18/01/18)

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