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C'est pas encore aujourd'hui que l'optimisme de Fuller pointera le bout de son nez. Avec ce western désabusé, son amertume est toujours aussi évidente, et sa foi en l'Homme toujours aussi fragile. En tout cas, il nous propose ici un film magnifique et profond, qui satisfera aussi bien l'amoureux de l'Histoire américaine que le fan d'action. La première scène pose bien les choses : un Nordiste arpente le champ de bataille désolé d'Appomatox, mais une balle vient interrompre son errance ; elle est tirée par le confédéré O'Meara, et ce sera la dernière balle tirée de la guerre de Sécession ; Lee va en effet reconnaître sa défaite. C'est sur le sentiment de rancune, de fierté et d'incompréhension vis-à-vis de cette défaite que O'Meara va construire son histoire. Ne supportant pas de devoir se ranger aux avis des Etats Unis d'Amérique, il part à l'aventure et est bientôt recueilli par les Sioux, comme faisant partie d'un des leurs. Il faut dire qu'il a relevé haut la main le défi du "jugement des flèches", qui consiste à courir comme un damné dans une chasse à l'homme terrifiante. Quand une armée de blancs vient avec comme projet de construire un fort, c'est lui qui est envoyé par les Peaux-Rouges pour trouver l'endroit adéquat. Mais la vilenie de l'être humain rôde, et sur de tels mauvais sentiments on n'arrive pas à construire une société. A cheval sur ses deux cultures, littéralement hanté par la défaite, obnubilé par sa haine des Yankees, O'Meara est en proie à mille tourments, qui se concrètiseront par la cristallisation de sa violence envers un lieutenant raciste. Que ce soit du côté des Sioux ou de celui des blancs, pas un pour rattraper l'autre, tout n'est que mépris et incompréhension, on est mal barré pour la suite. Et c'est la balle tirée au tout début du film qui concluera à nouveau la chose, dans ce film littéralement envahi par l'amertume.

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Rod Steiger porte à lui seul pas mal de la beauté vénéneuse de ce werstern. Il est parfait, à la fois enfant boudeur et bûté dans ses rapports avec les Américains, et tout en noblesse dans ses rapports avec les Sioux, ruminant tellement sa haine que son visage s'en trouve bouffé de l'intérieur. Le film, on peut le dire, laisse toute leur place aux Indiens, qu'on a rarement vus aussi convaincants (Bronson, pourtant, en chef de clan). Même si eux aussi, dans leurs rangs, comptent quelques misérables va-t-en-guerre (Crazy Wolf, salaud !), même s'ils ne sont pas exemptés des faiblesses humaines, Fuller les regarde comme des hommes, et non comme des silhouettes à décaniller. Il prend le temps de faire exister la petite famille bancale constituée de O'Meara, de Yellow Mocassin (Sara Montiel, nickel) et de leur petit gamin muet (une scène dans les sables mouvants qui vaut des points). Mais le film est surtout beau dans son désespoir, dans ce qu'il montre d'une Amérique qui se bâtit sur la violence, sur la rancune : entre "native" et arrivants, entre Nord et Sud. Tout le monde ou presque, dans le film, est mû par des sentiments sombres, même s'ils s'expriment dans la noblesse. Et la tristesse envahit peu à peu les sentiments guère avouables des personnages : un homme qui achève son pire ennemi pour lui épargner la douleur, ou qui reproduit le "jugement des flèches" pour donner une chance à un Indien, les nuances de sentiments sont très belles. Fuller filme tout ça à hauteur d'homme, axé autour de son ambigu interprète principal, et réussit quelques scènes d'action impeccables (les cadres sur les pieds pour montrer la chasse à l'homme, la joie des Indiens qui partent en chasse, la dantesque attaque finale où les figurants tombent comme des mouches), et sert un film dégoûté qui ne tend qu'à prouver que, tant qu'il y aura des hommes, ils s'écharperont joyeusement en attendant la fin. Les Etats-UNIS d'Amérique ? tu parles...

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