David-Mackenzie-nous-raconte-Comancheria

Je veux bien qu'on nous serve du bon vieux classique de chez classique, mais quand même, à un tel degré de déjà vu, on appelle ça du copié-collé. Mackenzie ne manque pas de subtilité, c'est un bon point pour lui. Ses personnages sont plutôt bien dessinés, et le film opère même un subtil glissement des rapports de force au fur et à mesure de son déroulement. Au départ, deux "couples" : deux frères dont la mère vient de mourir, et dont la propriété risque d'être reprise par la banque, décident de récupérer leur argent là où il est, en braquant sans vergogne les petites agences qu'ils trouvent sur leur chemin ; face à eux, un duo de flics, l'un bientôt à la retraite mais aguerri comme un dur-à-cuire, l'autre Indien-mexicain qui essuie sans cesse les blagues racistes de son collègue. Au départ, donc, bien et mal sont clairement séparés. Mais on s'aperçoit au cours du film que les frères sont peut-être de nouveaux Robin des Bois, que leur violence vire à l'anti-capitalisme, et qu'ils sont bien sympathiques dans leur côté amateur ; et on s'aperçoit que le flic principal (Jeff Bridges) est sans pitié, et simplement du bon côté du manche. Peu à peu les frontières se brouillent, et les duos de départ vont splitter pour en créer un nouveau, tout fait de haine et de rancune. On n'a pas beaucoup avancé en fin de film, c'est certain. Mackenzie n'est pas malhabile à l'écriture, et parvient à réaliser un film un peu moins manichéen que d'habitude. D'autant que ses références sont clairement du côté des années 80, des films de Don Siegel ou des premiers Spielberg, qui ne sont pas tout à fait réputés pour leur vision fine des rapports sociaux. C'est tout à sa gloire que de touiller au fond des vieux pots pour servir un film nuancé aux personnages intéressants.

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Mais cette qualité reconnue, on ne peut que soupirer devant la forme du film, tellement surfaite qu'on arrive à deviner trois minutes à l'avance tout ce qui va se passer. Dans une ambiance mi-western mi-road movie, Mackenzie bousille sa finesse en dirigeant des comédiens cabotins et peu crédibles (Bridges joue dans une comédie, Chris Pine dans un drame, Ben Foster dans un cirque). Aucune tension dans ce face-à-face, juste un rythme nonchalant et une terreur de la violence qui handicapent le film. On regarde ça en bâillant, là où, pour rompre le classicisme, il aurait fallu soit verser dans l'excès (école Tarantino), soit dans la comédie (école Coen), soit dans le drame pur (école Malick des débuts). Là, Mackenzie est entre trois ou quatre chaises et s'y trouve très bien. Il se sert allègrement de la crise, mais n'en fait qu'un arrière-plan, un prétexte aux élucubrations sans sève de ses personnages. Comme en plus il photographie assez mal le Texas, ramené à ses clichés, un soleil pâle et une ruralité brutale, on s'ennuie très vite, malgré tout le bien qu'on souhaitait au film. Il y a 30 ans, ça aurait été fun ; mais on a vu 247 fois ce film, et ça finit par lasser. (Gols 07/12/16)

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Il y a malheureusement du vrai dans ce que dit Gols de ce film un peu paresseux, qui lorgne du côté de ses aînés (de cette "ambiance à la Coen" (petits casses à l'arrache entre brothers et flics qui se vannent) à ce final tragique à la High Sierra) sans jamais vraiment s'en démarquer et qui fait de la crise sociale un simple prétexte à peine fouillé (l'Amérique profonde des déçus - des cows-boys aussi plaintifs que les agriculteurs français aux divers individus spoliés par les banques) : l'Amérique des oubliés pro-Trump... ou pas ? Car Mackenzie, s'il ne cesse de faire allusion à ces Américains moyens qui ont vu leurs revenus baisser, ne leur donne pas vraiment la parole quant à leur analyse de la situation (salopes de banques... C'est un peu court). Certes, le petit côté "double buddy movie" avec ce couple de voleurs (le frérot, non-violent et zen comme une papaye, qui est acculé à piller les banques pour rembourser les emprunts familiaux et celui sans foi ni loi qui flingue sans état d'âme) et ce couple de flics d'un autre temps (Bridges, un siècle d'expérience et un nez comme ça pour poursuivre les malfrats, se marrant de ses saillies mexico-indiennes racistes et son bon vieux compagnon mou comme une chique) fait bien le job (on passe d'une histoire à l'autre en s'intéressant aux mésaventures de ces drôles "d'attelage") mais là encore on a pas vraiment l'impression que Mackenzie sache vraiment ce qu'il veut en faire, de quoi il veut en faire des modèles : est-il plutôt du côté de la rébellion (les banques ne laissent pas le choix) ou du côté de la loi (Bridges ne finit-il pas par incarner une certaine sagesse derrière son petit air provocateur) ? On sent une certaine facilité chez le cinéaste à laisser le spectateur se démerder avec ces brouillons de caractères. Au-delà de ça, il est clair qu'on ne passe pas un mauvais moment mais que ce "polar de l'année" manque cruellement d'inventivité et de style - une sympathique série B moderne qui ose évoquer certains sujets sans trop chercher à s'en approcher. Frileux malgré son vernis caustique. (Shang 31/01/17)

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