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Amis de la poésie, bonsoir. Si vous comptez sur Mel Brooks pour apporter un peu de finesse à la comédie américaine, vous vous trompez de porte. Voilà le film le plus douteux du monde, où des cow-boys avinés pêtent pendant 5 minutes après avoir mangé des fayots, où les blagues racistes fusent, où des débiles mentaux joués au rabais assomment des chevaux à coups de poing, et où un des gags fondamentaux est de voir Mel Brooks en caleçon loucher sur les nibards de sa secrétaire. Ahahahah. La finesse ne sera donc pas des nôtres aujourd'hui, puisque je viens de regarder Blazing Saddles, un bazar régressif et drôle une fois sur trois.

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L'histoire : pour éviter des sables mouvants, un promoteur doit détourner le chemin de fer vers une petite ville. Il fait alors tout pour que cette ville devienne invivable. Mais celle-ci engage un nouveau shérif pour se protéger, et, à la suite de quiproquos, se retrouve avec un noir pour tenir ce rôle. Aidé d'un tueur surentraîné, le shérif va-t-il arriver à sauver sa ville des malversations de l'immonde Hedley Lamar (47 jeux de mots sur l'ambiguité de son nom) ? On s'en cogne, ce qui compte c'est de voir la somme de gags improbables que Brooks met en place pour faire se vautrer de rire son public. Comme je l'ai dit, pour un gag vraiment drôle (mon préféré, la réplique de Gene Wilder : "à moi tout seul j'ai tué plus d'hommes que Cecil B. DeMille"), il faut se taper deux preuves d'humour douteux, phallocrate, raciste et scatologique. C'est de l'humour comme on n'en fait plus guère, un truc disons à la Benny Hill, qui se moque de tout ce qui peut être différent, qui considère les femmes comme des seins sur pattes et les noirs comme des fans de gospel. Mel Brooks ne se cache pas de ses facilités, les expose au grand jour, met de la musique de cartoon sur une grosse explosion de dynamite, et cette sincérité, il faut le reconnaître, fait plaisir à voir. Même si on soupire plus d'une fois devant la lourdeur du truc, on ne peut se cacher que le gars n'est pas maladroit aux cadres et au montage, et réussit même des plans typiquement westerniens. Le film est truffé de clins d'oeil, de références, d'anachronismes, mais Brooks respecte le genre.

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Il y a surtout une façon de pousser les situations qui force le respect, notamment dans la dernière bobine. La bagarre générale est tellement générale qu'elle déborde sur le plateau d'à coté, où se tourne une comédie musicale, puis dans l'ensemble des studios de cinéma, avant que les deux héros quittent l'écran à bord d'une limousine. On est dans le Tex Avery pur et dur, et dans la mise en abîme forcenée. Voilà une idée assez géniale, purement cinématographique, qui rompt avec la bêtise de l'ensemble. Pour le reste, le film n'est pas déplaisant, les acteurs s'en donnent à coeur joie (ma préférence à Gene Wilder), et il y a une foule de petits détails amusants (la mamie qui se fait bastonner, le sac Gucci du cow-boy, l'Indien qui parle un allemand parfait) qui finissent par remporter le bienveillance. Après, on peut préférer Jacques Tati.

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