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Mais qu'est-ce qu'il nous reste ? Les lendemains qui chantent, le grand marché européen... Non, cela fait longtemps que Gégé a tranché (...) : il nous reste que notre queue, voilà tout. Et s'il ne peut plus s'en servir au lit, eh ben autant s'en débarrasser définitivement - ce qu'il fait avec un certain panache, un panache faut-il le dire affreusement douloureux... Mais La dernière Femme du gars Marco se résumerait-elle à l'histoire d'une homme avec sa bite et son couteau ? Il y a de cela, mais pas que.

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Le premier véritable responsable de cette émasculation est, replaçons-nous dans le contexte consumériste des seventies, le couteau électrique. Ce couteau électrique que ma grand-mère, je m'en souviens encore, magnait avec dextérité pour massacrer une dinde ou un gibier, était à l'époque incontournable dans toute cuisine qui se respecte. Ainsi Gégé s'en sert à plusieurs reprises dans le film notamment pour couper des tranches de saucisson, ce qui, constitue tout de même le sommet de la paresse. Mais on sent dès cette scène une certaine tension poindre (à la fois sexuelle et destructrice), car le Gégé, avec ledit saucisson coincé entre les cuisses, n'avait pas hésité à s'exhiber auparavant devant trois femmes pour qu'elles s'extasient devant son appendice... Chronique d'une mort (tadelle) de bite annoncée, donc, avec l'omniprésence de ce couteau électrique qui plane dès le départ comme une ombre menaçante sur ce couple. Mais pour rendre notre démonstration plus intelligible, nous devons dans un second temps absolument fouiller les ressorts psychologiques de notre Gégé.

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Gégé est un macho de base, un gros lourd qui ne pense qu’à et avec la bite, un homme. Ferreri ne se gêne pas, outre la scène du saucisson, pour nous montrer les obsessions de son héros : le Gégé, ainsi, ne se contente point de faire mumuse avec le chtit bout de sexe de son fils devant une Ornella Mutti, sa nouvelle amante, dubitative ; il décide, pour faire plaisir à son chérubin, de lui construire - il est ingénieur - un canon grandeur nature : plus gros et lourd comme symbole, on fait pas... Le problème, dans ses grands ensembles qui ont autant d'âme qu'un tabouret (on pense d'ailleurs à l'excellentissime Buffet froid réalisé la même année) et dans cette époque où le féminisme monte en force (la première compagne de Gégé, la mère de son enfant, l'a d'ailleurs quitté pour rejoindre le mouvement), c'est que notre pauvre homme ne sait plus vraiment à quel saint se vouer. Il y a bien ceux, énormes, d'Ornella mais cette dernière, après avoir montré de l'attention au sexe fièrement érigé de notre Gégé national, semble vouloir se concentrer sur le bambin - elle le nourrit, le promène, l'éduque. Notre Gégé, si on lui nie le pouvoir de sa bite, perd tous ses moyens... Ferreri, mine de rien, en cette fin des seventies, fait un constat cinglant et sanglant : l'égalité des sexes est en marche (à petits pas, hein...) et certains pauvres bougres de mâles risquent de se retrouver tout démunis en ne pouvant plus se servir de leur sexe comme étendard (c'est une image).

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Ferreri a toujours été du genre à appeler un chat un chat et le film montre frontalement nos deux amants dans leur vie sexuelle quotidienne et leur plus simple appareil : Gégé encore beau comme un camion joue, la bite au vent dans la plupart des séquences, avec un naturel confondant ; Ornella, qui jouit d'une plastique absolument terrifiante (la plus belle femme du monde alors ? Je pose la question), sait se montrer tour à tour mutine, coquine et innocente face à cet obsédé de Gégé ; même si parfois on a l'impression que le film tourne un peu en rond, alternant scènes de cul et scènes de dispute, on ne se lasse jamais dans ce huis-clos glacial de suivre ce couple joliment assorti qui court indéniablement à son auto-destruction. C'est l'homme qui en fera les frais (ouille, aïe), Ferreri sachant placer le doigt et la caméra là où le bât blesse (c'est le moins qu'on puisse dire). Au final un film peut-être un peu daté dans sa forme mais qui, dans le fond, sonne superbement le glas du bite-power - une oeuvre qui n'a donc aucunement perdu de son intérêt, non point par la nudité exhibée (Ornella nue, c'est quand même cadeau – à noter aussi la présence lumineuse d’une Nathalie Baye au sourire ravageur), mais par ce tournant dans les rapports homme-femme qu'elle évoque frontalement, sans prendre de gant.

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