fatcats-01

Naissance d'un empire... En 1h20 chrono, Wellman parvient à dresser un portrait crédible de la construction de l'Amérique, et on ne sait vraiment s'il est dupe de la grandeur d'icelle, ou si son film (pre-code) ne comporterait pas, par-ci par-là, quelque ironie cachée. Il s'agit, à travers un couple dont on suit la vie sur une cinquantaine d'années, de montrer comment les Etats-Unis, malgré les crises financières, ont toujours su, ô grandeur, se relever de leurs cendres et continuer à faire du dollar. Un jeune couple ruiné va décider de partir à l'Ouest pour y prendre sa part de l'essor. Les gusses se font dévaliser, re-ruinés, et montent une banque dans une petite ville à moitié sauvage. Peu à peu, les affaires reprennent, les générations se succèdent, et malgré les incidents de l'existence (mort d'un enfant, guerre, événements divers et variés) la dynastie Standish prolifère, profite et finit par établir un véritable empire. A intervalles réguliers nous parvient ce discours vibrant de foi en la grandeur du pays, et une sorte de fatalisme tranquille finit par gagner le vieux Standich. La partie "privée" est relativement banale, même si Wellman parvient à rendre attachants chacun des nombreux personnages du film. Les acteurs sont impeccables (Richard Dix, pourtant) et le gars n'oublie jamais la petite histoire dans le grande. Il y a par exemple le personnage d'un médecin alcoolique, très bien dessiné. Et le genre de petits détails qui montrent les grands réalisateurs : par exemple, quand, dans une ellipse, ce personnage finit par disparaître, le seul souvenir qu'il en reste est une vague chanson fredonnée par son épouse acariâtre mais sensible au bord des larmes. Comment montrer la mort d'un homme à travers un micro-détail ? du grand art, à peine évoqué dans une très courte séquence confondante de pudeur.

les-conquerants_48117_26657

Mais c'est encore une fois la portée symbolique du film qui frappe. Brutal, direct, il ne se gène pas pour appeler un chat un chat. L'exécution sommaire d'une dizaine de hors-la-loi par exemple, est montrée dans toute son implacabilité : on passe des cordes par-dessus une branche, on attache un bout à la selle des chevaux, on tire, et à l'autre bout gigotent des hommes. C'est là-dessus, sur le meurtre, sur la loi de la jungle, que l'Amérique se dresse. On aime particulièrement aussi ces petites scènes régulières qui montrent les crises. Tas de pièces (qui ressemblent à des buildings), qui se dressent sous les yeux ravis des financiers, sacs de billets qui gonflent, courbes de croissance qui vont grimpant... puis l'effondrement, les tas retombent, les sacs explosent, les courbes s'inversent, et on a toujors droit à l'orateur dans la rue qui annonce la mort de l'Amérique, et le chaos total (voire la restitution du pays aux Indiens, ce qui est encore une petite pointe de critique envers son érection). Le film est très souvent ironique et comique, mordant même, non seulement à travers le portrait de cette communauté de bras-cassés qui finit par constituer une nation, mais aussi à travers le fatalisme de l'ensemble, qui montre que, quoi qu'il arrive, quels que soient les aventures que les personnages subissent, l'argent aura toujours droit de cité, et sera toujours plus puissant que le monde. Le progrès est pourtant vu comme une menace (le train qui écrase le petit, la guerre qui fait les héros et les horreurs), et ce tableau d'une Amérique bâtie sur la violence des hommes et des nations fait froid dans le dos. Encore une fois, on a du mal à déceler si Wellman est un fier pariote de droite ou un discret satiriste. Mais c'est justement cette ambiguité qui remporte l'adhésion, on sort du film doucement troublé par la violence du propos, et par la croyance prenante mais un peu désolée en la force du pays. Un excellent western, qui mord les chevilles tout en faisant semblant d'être tout rose.

les-conquerants_442713_8259

 Go west, here