original

La grande Naomi Kawase lève le pied avec ce petit conte un peu niais, et pour les amoureux de son cinéma rigoureux et sensible, la déception est énorme. C'est comme si la dame en avait marre de faire 5 entrées à chaque fois, et qu'elle visait cette fois-ci le succès, quitte à marcher sur les traces bénies-oui-oui de Walt Disney. Voici donc un marchand de dorayakis, des pâtisseries à base de haricots rouges, qui vivote en tentant de payer ses dettes ; survient la bonne fée, une petite vieille qui parle aux haricots et aux fleurs, et réalise une pâte de haricots absolument divine. Les clients affluent, mais une douleur secrète habite cette vieille : elle a eu la lèpre, et notre marchand, épaulé par une petite jeunette un peu geek, va découvrir alors une histoire sombre du Japon. Entre lumière et ombre, donc, si vous voulez. Le souci, c'est que cette histoire très mièvre est digne d'un dessin animé bêbête, mais pas de Kawase. La belle efface toute trace de style, se contentant de filmer comme les autres ses personnages très caricaturaux. Oh le joli cerisier en fleur, oh la jolie lune, oh les malheurs qui s'abattent sur la grand-mère bonne comme le pain... On comprend bien le fond (abyssal) de la chose : il y est question de transmission de savoir, et d'une sorte de "carpe diem" usée jusqu'à la corde. Mais Kawase nous l'assène façon mélodrame au marteau-piqueur. Malgré une première heure plutôt agréable (on apprend à confectionner des dorayakis, et je vais m'entraîner dès ce soir), malgré des acteurs plutôt pas mal, malgré de temps en temps une scène ou deux plutôt inspirées, on s'ennuie ferme devant ce machin consensuel et attendu, et on a envie de taper ces mamys gâteaux très pénibles. Kawase réalise une petite merde, et ça, si on nous l'avait dit il y a un an...