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Il y a deux ou trois films dans le dernier Assayas, et chacun d'eux a ses qualités éclatantes et ses défauts dommageables. Le gars semble s'être trouvé une nouvelle muse en la personne de Kristen Stewart, et lui confie absolument tous les plans de Personal Shopper ; mais pour cette fois, on doute un peu en voyant la belle froncer les sourcils et prendre un air buté même pour demander un café. La belle est mauvaise, tout simplement, jouant "sur-américain" un rôle qui nécessitait plus de finesse, plus de nuances. C'est la grosse limite du film. Cette thématique de l'Amérique perdue en Europe jalonne d'ailleurs le film, qui fait appel à une sensibilité toute anglaise (le gothique) ou toute française (la mode) et y plonge une Américaine déracinée, perdue dans un métier qu'elle n'aime pas, anglophone dans un pays qui parle français.

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Premier film donc : le portrait d'une fille courant les boutiques de luxe pour fournir une mannequin. Un boulot alimentaire et peu gratifiant, qui oblige Kristen à passer de pays en pays, se riant des frontières et du temps. Côté réussi : Assayas parvient à rendre le monde, ou en tout cas l'Europe, comme un seul territoire, où, pour passer d'un pays à l'autre, on ne met que quelques minutes, et où tout est indifférent. Les boutiques de mode sont uniformémement les mêmes, et la caméra épouse avec vitalité et élégance cette sorte de mondialisation des choses. Très moderne, Assayas fime les villes avec un grand dynamisme, même si ça et là pointent quelques tics issus des années 80 (les flous, berk). Côté raté de cette partie : une sorte d'illogisme, qui endommage cette partie qui se veut à la fois onirique et très concrète. Assayas, d'autre part, est un peu le cul entre deux chaises, critiquant le monde brutal et superficiel de la mode, mais aimant aussi filmer longuement son actrice en train d'essayer des robes ou des chaussures, sacrifiant son film aux marques (budget oblige ?) tout en en critiquant le fond.

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Deuxième film : la belle a perdu son frère jumeau, et, comme elle est médium, cherche à retrouver sa présence, attend le signe de l'au-delà que le garçon avait promis. C'est la partie gothique de la chose, et on sent avec plaisir la patte toute française du cinéaste dans ces ambiances : il y a du Tourneur, du Feuillade, du Epstein dans cette maison que le gars filme là aussi comme un espace mental ; et dans les apparitions "à l'ancienne" de ce fantôme. Malgré une photo qu'il faut bien qualifier d'immonde, le cinéaste s'essaye ici à un genre qui lui va bien, le "fantastique intello". Et quand il montre l'étrangeté d'un spectre invisible qui quitte un hôtel, ou quand il fait entendre les bruits assourdissants d'une âme en colère, ou quand il confronte au final son héroïne à elle-même, on sent resurgir toute une imagerie romantique qui lui ressemble bien. L'actrice scrute à travers des écrans de portable des documentaires ou des films sur le spiritisme (apparition hilarante du cocker Benjamin Biolay), et on reste happés, on attend avec elle cette rencontre. On se dit aussi que c'est là qu'Assayas fait son Assayas, et cette partie-là cultive un symbolisme inatteignable bien français. On ne comprend pas trop où le gars veut nous emmener, et on devine que ça lui fait bien plaisir.

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Troisième film : l'échange de sms, qui prend toute la partie centrale du film. Kristen est poursuivie par un homme ambigu, qui parvient à instaurer un rapport dominant/dominé à travers des sms. Brusquement le film plonge dans le muet, et devient uniquement rythmé par les vibrations du téléphone de Kirsten. Beaucoup aimé cette partie, qui renouvelle la science du dialogue au cinéma. Les conversations se font par-delà les frontières, et Assayas filme avec une immense fluidité les rapports intimes qui s'installent, sans mot, entre les deux personnages. Difficile de rendre intéressants des plans sur des écrans de téléphone : le gars y arrive, réussissant parfaitement l'opposition entre le monde extérieur (le film semble se dérouler comme en arrière-plan) et le secret des messages de plus en plus intimes. Au final (il faut encore ajouter à ces parties pas mal d'autres mini-films qui naissent et meurent au cours de la chose), on obtient un film assez hétérogène, souvent maladroit, parfois crâneur, mais aussi habile, ambitieux et prenant. C'était mon opinion de Normand. (Gols 30/12/16)


 

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Ah putain, je le sentais pas ce film... J'aime bien Assayas mais parfois j'ai un peu de mal à voir où le type veut nous emmener - si jamais il veut nous emmener quelque part. Et là, paf, qu'il réalise trois films ou douze différents, rien n'y fait : mais qu'est-ce qu'on en a foutre de la vie de cette pauvre Kristen, qui se cherche, trouve pas grand-chose... si ce n'est elle-même (ou pas). Elle personal shope sans envie mais se rêve dans la peau de cette Paris Hilton à deux balles, elle veut recevoir un message de son jumeau par-delà la mort mais elle a un peu les boules quand même, elle reçoit des messages d'un "inconnu" mais on n'en saura pas plus... Elle se fait son film, quoi, et Assayas avec... Et donc ? Alors oui, il y a toujours une superbe fluidité dans le filmage et le montage (pour la mise en scène, pas compris le prix cannois...), une actrice dont la caméra est amoureuse (comme Gols, j'ai trouvé la Kristen trop affectée, "au-dessus de tout" (les séquences "émotion" sont une catastrophe, les séquences "stress" une parodie de Woody Allen sous vodka)  donc en-dessous de tout... Et une actrice hautaine qui a un jeu bourré de tics, c'est très vite fatigant) et un désir de brouiller les pistes... Mais on se détache bien vite de cette histoire en matant en effet plus les marques des robes que l'actrice, en étant plus subjugué par la vitesse d'exécution des sms que par la teneur des messages, ou encore en faisant la moue devant des effets spéciaux types «ghostbuster» noyés par des bruitages bourrins. Elle erre dans les boutiques les paupières lourdes, elle erre dans cette maison vide le cœur tremblant, elle erre les yeux rivés sur son portable : elle erre super bien (remarquable maîtrise de la conduite de scooter soit dit en passant (et je sais de quoi je parle) qui permet, pour le nostalgique, d'apprécier la vision des rues de la capitale) mais on ne voit pas trop ce qui nourrit finalement cette petite assistante médium au physique agréable. Je ressors de cet Assayas avec l'impression d'avoir mon panier beaucoup plus vide (sur le fond) que plein (un satisfecit sur la forme mais rien de nouveau sous le soleil). Un avis de normand déçu. (Shang 20/04/17)

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