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On aime beaucoup Roberto Rossellini et le mouvement néo-réalisme accessoirement. Et l'on attendait beaucoup de ces Evadés. Et l'on s'est copieusement ennuyé. A quoi cela tient qu'un film, soigneusement conçu comme c'est pourtant le cas ici, n'ait absolument rien de captivant ? Hein, à quoi ? Pourtant le sujet promettait sa dose d'excitation et de tourment : trois prisonniers échappés d'un camp italien, un Anglais, un Ricain, un Russe, se retrouvent planqués dans le grenier d'une pseudo-nonne (craquante Giovanna Ralli), véritable boss du marché noir à Rome. Ils risquent non seulement de se faire chopper mais elle et ses amis résistants de se faire fusiller... On devrait trembler tout du long, d'autant qu'il y a quand même des rebondissements, des arrestations, eh bien que nenni. On regarde la chose la paupière lourde, tentant d'apprécier la verve de Giovanna, le respect de Rossellini pour la langue de chacun, la description des différentes couches sociales de la société italienne (les nobles, les cathos...) mais on arrive à aucun moment à vibrer. C'est dur à dire mais de tension, même dans les moments cruciaux, on ne ressent. On a beau se dire par exemple que la séquence à l'église (qui nous fait d'ailleurs immédiatement penser au Dernier Métro sachant l'intérêt de la Truffe pour le Roberto) va partir en vrille (le boiteux collabo qui suit l'héroïne à la recherche de nouvelles des prisonniers), ben que dalle, on ne vibre point, aucun poil ne se hérisse - en plus, il ne se passe pas grand-chose...

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Dès le départ, dans la même lignée, on a bien du mal à croire à l'idylle entre Giovanna et son voisin résistant... D'ailleurs, après avoir été arrêtée, lorsqu'elle revient chez elle (son amant a été fusillé, elle en a réchappé...), sa première pensée est pour l'état de l'appart et point pour son fiancé. Même si derrière, elle pique une petite crise en disant qu'elle n'est qu'une espionne (elle a été torturé pour qu'on lui soutire certaines informations - ce qui ne fait point d'elle une espionne, comme la rassure ses proches), qu'elle est à deux doigts de craquer et tout et tout, la bougresse a un peu perdu de son potentiel crédibilité... Alors, je vous vois venir, vous allez me dire que Rossellini a tenté, par souci justement de "réalisme", de ne pas faire de ces personnages de résistants des héros bigger than life, qu'il a tout fait pour désamorcer tout éventuel suspense exacerbé pour ne s'en tenir qu'aux faits... Oui, certes, mais on tombe du coup dans un récit qui manque cruellement de sel, de piquant, de consistance. De même, dans ces portraits de la vieille noblesse ou de ces bonnes âmes curetonnes qui viennent en aide à chaque prisonnier, on a bien du mal à discerner de réelles nuances comme si tout d'un coup, comme il est dit en ouverture, tout le peuple italien (à part un sale boiteux défroqué) est venu en aide à ces prisonniers recherchés par la police germano-italienne. On veut bien admettre ce grand élan de solidarité mais on se demande pour le coup si ce n’est pas un peu caricatural comme dirait l’autre et surtout si ce fut vraiment le cas au niveau historique... Mais n'ergotons point, Les Evadés de la Nuit, qui sans être tout à fait déplaisante sur deux longues heures, se suit un peu paresseusement et l'on est forcément déçu tant l'on a frémi devant tant d'autres œuvres du maître. Qui aime bien, châtie etc etc...

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