"Ici, tout va bien. Des cambriolages, on n'en a jamais. On a une sécurité du tonnerre. Pas de pauvreté, pas problème. Le racisme, on connaît pas...

Une chauffeure de taxi visionnaire, Nice, 1995

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Les odyssées donnent l'occasion de s'égarer dans ces fameux films collectifs qui sont rarement, reconnaissons-le, franchement jouissifs. Cet A Propos de Nice en hommage à Vigo n'y déroge pas. A tout seigneur, tout honneur, évoquons la pièce de Kiarostami (cosignée par Parviz Kimiavi) qui ouvre le bal. Un cinéaste (Kirmiavi) vient à Nice pour faire des "repérages" - c'est le titre du court, justement. Il va croiser une chauffeure de taxi bien au fait de sa ville (voir la citation ci-dessus) et va se lancer à la recherche d'une certaine Janine (ben ouais, quoi, Janine) qui fit une apparition dans l'oeuvre éponyme de Vigo. Elle doit pas être toute jeune, la Janine, 65 ans plus tard, me direz-vous... C'est pas faux mais elle n'avait semble-t-il à l'époque qu'une quinzaine d'années (ce qui la sauve) ; elle ne montre finalement, dans l'oeuvre de Vigo, que ses gambettes (une figurante, quoi) ; on apprend juste au passage que le Jean aimait s'entourer de jeunes filles de 15-17 ans ce qui permet à la Janine de faire le bon mot du bazar : "Jean Vigo, zéro de conduite !". Ahahahaha, sacrée Janine, aussi à l'aise devant la caméra qu'un verre de vin rouge. Kiarostami inserre dans son film quelques images du film de Vigo (la mode a changé...) et réalise un petit film hommage qui lui permet tout simplement de se perdre dans les petites rues de la ville - on se rend compte que le Niçois (enfin, surtout la vieille Niçoise) n'est pas toujours ultra prompte à donner des indications sur le chemin. Heureusement qu'il y a la Janine toujours là pour lever la jambe et pour la gaudriole, une Janine qui eut ses cinq seconde de gloire sous l'oeil du cinéaste.

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Avec Breillat et Costa-Gavras, on verse du côté sombre de la ville ; la première filme un trio de vieux (un mec et deux perruches) qui tiennent des propos proprement hallucinants (doux euphémisme) sur nos amis les noirs (bruyant, hein, le noir, et communautariste à mort), sur ces gros branleurs d'esclaves (ça allait pour épousseter les bibelots mais pour faire vraiment le ménage, hein... Ils avaient quand même de la chance, à l'époque, qu'on veuille bien s'occuper d'eux...) et j'en passe tant les propos sont édifiants. Bref, trois vieux cons qu'on aimerait voir fondre au soleil, là, sur leur banc. Costa-Gavras choisit lui de filmer un meeting de Le Pen avec pour toute bande sonore une musique de Sarde au didgeridoo qui fout les pétoches. Tous les amiraux de Le Pen (Martinez, argggg) et autres fans sont à ses côtés et tirent tous des tronches qui font frémir. Petit dispositif mais grand effet.

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Lounguine, lui, ne s'est pas vraiment creusé la tête pour trouver son sujet puisqu'il s'intéresse à la communauté russe : un petit tour dans le superbe édifice religieux niçois et ses choristes, un petit tour vers le cimetère russe et la transition est toute trouvée avec une maison de retraite où se ratatine une vieille Russe. C'est toujours un peu terrible cette façon de filmer les vieux dans ces mouroirs avec cette caméra qui ne peut s'empêcher de faire des travelings - car un plan fixe sur un vieux, c'est un peu comme une photo, voyez... D'où ce besoin terrible d'être en mouvement pour donner l'illusion du cinéma... Bon la vieille ne nous dit pas grand-chose (si ce n'est un "ruuuuuuusssse" qui fait froid dans le dos) et tente un pas de danse qui risque bien d'être son dernier. Mouais, informatif, pour être indulgent.

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Grosse déception en revanche de la part de ceux qui ont tenté de développer un scénar en prenant Nice pour toile de fond. Denis filme Gréoire Colin pendant des plombes durant le carnaval : elle filme surtout les chars et oublie son personnages au passage qui est censé effectuer un contrat (tuer un gars... on s'en fout royal). A peine un film promotionnel pour la ville. Depardon, lui, ne se casse pas beaucoup au niveau des images en filmant trois-quatre plans grand maximum : tout repose sur la voix-off (et un texte de Le Clézio) avec une donzelle qui lit tellement mal le texte, avec si peu de conviction et de foi, qu'on décroche au bout de trente secondes - elle nous parle de ses souvenirs sur la promenade des Anglais et de son enfance au Liban roooooonpiiichhhhhhhh - le truc est lénifiant. Enfin, on espère que le Ruiz, qui conclue la série, va nous remettre un coup de fouet. Le bougre nous trousse une histoire de film dans le film dans le rêve (d'un type amazonien, genre) avec moult incarnations de personnages en animaux, des trahisons, des amours... Popopoh, on a tôt fait de décrocher du bazar (il semble que Ruiz ait même oublié la commande... il finit par raccrocher son histoire à Nice, sur la toute fin, sans qu'on voie vraiment le rapport...), mâtant cette pauvre Arielle Dombasle se déhancher dans les rues de la ville ou regarder le ciel de ses yeux de poupées... Trop d'abymes tue l'abyme... Bref, une suite, pour faire court, qui n'a point la légèreté de l'originale...

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 A tout Kiaro