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C'est avec un certain plaisir que l'on retrouve cette année un cinéma coréen en bonne forme (avec ses qualités et ses défauts, of course, mais surtout ses particularismes). Après le film de zombies ferroviaires, le thriller foireux et déjanté, voici donc le film de servante tortine. Disons-le d'entrée de jeu : si on apprécie que Park Chan-Wook se soit assagi dans le gore (il ne peut malgré tout s'empêcher, sur la fin, une délicate scène de coupage de doigts au massicot qui n'apporte d'ailleurs absolument rien à son récit), il est un peu dommage que son film ne repose que sur les multiples twists de son scénario. L’histoire en deux mots : au départ, il s'agit simplement de l'histoire d'une bonne qui "infiltre" une maison de richard pour pouvoir favoriser l'union entre une jeune héritière et le protecteur (petit truand) de notre bonne. On assiste alors à de petits jeux de séduction au sein de cette maisonnée (l'héritière et la bonne se découvrant notamment quelques accointances sexuelles... au moins en apparence...) et à de nombreuses trahisons : qui manipule qui ? That is the question. Une bonne moins naïve qu'elle ne semble au premier abord, une jeune héritière plus perverse qu'elle s'en donne l'air et un petit truand sûr de lui qui tire les ficelles de ce jeu de dupes... ou du moins qui pense les tirer - on a appris à se méfier des femmes au cinéma en cette année 2016.

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Alors oui, c'est mignon comme tout ces petites finasseries dans le scénario (surtout le premier twist... après c'est comme tout abus de twists : on a la tête qui tourne et ça saoule vite), c'est sulfureux comme tout cette relation lesbienne entre deux jeunes femmes sans tabou, c'est pervers comme tout ces lectures nippo-sadiennes données par notre héroïne devant ce parterre d'hommes déglutissant. Oui, ça se suit gentiment. Park Chan-Wook sait filmer ample, utilise à merveille ses décors raffinés et balance de grandes nappes de violon à l'envi... On tique bien devant deux-trois effets inutiles (les effets de montages chic et choc, le bruitage dopé aux amphètes...) ou devant le jeu assez ridicule des deux personnages masculins (l'interprétation théâtrale et emphatique du comte ou ce personnage de l'oncle joué par un jeune homme grimé comme dans un vulgaire sketch de télé...) mais dans l'ensemble, on sent que la mise en scène de Park Chan-Wook est un peu plus mesurée et maitrisée que d'habitude (toute proportion gardée, connaissant le bonhomme). Après voilà, en dehors de ces quelques rebondissements, le scénario reste assez superficiel... Park semble pour une fois jouer une carte plus "féminine" (féministe, ce serait exagéré), use et abuse de l'alchimie (érotique) entre ces deux femmes, démontre que celle-ci sont autant des femmes de tête (dans ce monde de machos) que des femmes aux corps envoûtants. C’est pas mal, mais c’est un peu léger sur plus de deux heures… Mademoiselle a indéniablement du charme (au moins celui de ses actrices), dommage que, passé les surprises du scénar, le reste sonne un peu creux.  (Shang - 05/11/16)

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Exactement la même impression que mon compère, et je rajoute donc mon aval à sa vision mi-figue mi-raisin. Le film est beau, techniquement assez impressionnant même avec ses costumes magnifiques (ce kimono tâché de sang, brrrr) et sa lumière hyper léchée, ses décors profonds et ses cadres raffinés ; mais toutes ces prouesses ne sont au service que d'un petit film pas très fin, tout dans l'esbroufe, assez ringard même pour tout dire dans son maniement éternel d'un érotisme japonais à l'ancienne usé jusqu'à l'os. Mis à part une scène, qui prend enfin son sujet sulfureux à bras-le-corps et laisse voir enfin ces corps qu'on a tenus cachés jusque là (voir les photos désintéressées ci-dessus), Park se montre bien frileux avec sa caméra, dans un film qui aurait nécessité, pour être flamboyant, de saisir la chair avec beaucoup plus de frontalité. A l'instar de cette femme qui excite les hommes en leur lisant des textes pornos anciens, qui fait passer le sexe par le verbe, le film suit l'exemple de la cérébralité là où l'érotisme franc aurait été préférable. Je n'ai jamais beaucoup aimé Park Chan-Wook, mais il savait au moins, dans le gore, faire preuve de moins de chichis qu'ici dans l'érotisme. Les grands délires de mise en scène, immenses mouvements de caméra incroyables (elle ne tient pas en place, c'est la mise en scène moderne, que voulez-vous, Ozu est mort), angles impossibles et autres focales de malade, sont dans 90% des cas complètement inutiles, ne servant qu'à provoquer des oh et des ah et dissimuler un scénario fatiguant avec ses mille retournements de situation qui cessent de nous intéresser au premier (et de m'être compréhensibles au deuxième). Mille fois trop long, reposant finalement entièrement sur son intrigue à tiroir, et occupant le reste du temps avec une réalisation-feu d'artifice très vaine...   (Gols - 15/05/19)

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