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Et voilà. Il fallait bien un jour qu'on y vienne, il fallait bien que la diable pénètre sur ce blog, il fallait bien que notre insatiable ouverture d'esprit laisse la porte béante à Belzebuth. C'est moi qui m'y colle, j'aurai fait entrer Lelouch dans Shangols, et le suspense est total : vais-je être radié par mon comparse, qui doit déjà s'étrangler avec son verre de rhum arrangé ? Vais-je gagner l'enfer ? Vais-je subir les foudres de nos commentateurs, et va-t-on perdre la moitié de notre lectorat ? J'atteste ici de ma bonne foi, et dépose à vos pieds ma modestie et mon humilité.

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Un autre Homme, une autre Chance (quel titre à la con) n'est pas le plus connu des Lelouch, et c'est normal : il est regardable. Il rappelle une chose simple : alors qu'à l'Ouest des Etats-Unis avait lieu la ruée vers l'ouest, alors que les cow-boys sillonnaient les rues, on était en France en pleine période napoléonienne. C'est con à dire, mais les allers et retours entre les deux pays, au début du film, nous remettent les choses dans leur contexte, et enlèvent même pas mal de glamour au genre du western. Nous voilà donc en plein réalisme... ah non pardon, c'est du Lelouch. Nous voilà donc partagés entre deux histoires, deux territoires, deux genres de cinéma : d'un côté, aux States, un vétérinaire (James Caan, un peu dubitatif) voit sa femme violée et assassinée, et tente de se reconstruire à la fois dans le désir de vengeance et dans l'éducation de son fils ; de l'autre, à Paris, une boulangère (Geneviève Bujold, craquante) tombe amoureuse d'un photographe idéaliste (Francis Huster, no comment) qui décide de partir s'installer en Amérique (la métaphore du photographe qui va tout filmer, au plus profond de la mort, etc..., double revendiqué du cinéaste). Quand ce dernier va mourir, on sera non seulement bien content parce que Francis Huster disparaît des écrans, mais en plus ça favorisera ce que Lelouch sait faire de mieux, enfin la seule chose qu'il sait faire : la rencontre hasardeuse entre deux êtres qui n'étaient pas faits pour se rencontrer. Un autre homme, une autre possibilité de faire sa vie, ce genre de crétinerie sur laquelle le bougre a fait toute sa carrière.

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Lelouch choisit pour filmer sa saga cheap une forme très définie : il va presque tout filmer en plans larges, convaincu sûrement que le western ne souffre que cette forme de filmage. Ça donne un curieux film, tout en post-synchro mal faite, où les scènes les plus intimes sont regardées de très très loin, où on ne voit jamais un visage. Tous les personnages sont des silhouettes, et pour se murmurer des phrases d'amour, on fait rentrer dans le cadre 100 figurants, le décor, et les mille et un détails qui font "Amérique" : un train, des chevaux, un saloon, et surtout les paysages infinis de la campagne yankee. En gros, Un autre Homme, une autre Chance est très mal filmé. C'est sa marque de fabrique, il construit à l'intérieur de ces plans généraux des plans séquence vertigineux, qui te font ouvrir la bouche tellement ils sont virtuoses de sa mère, et là aussi, à part à quelques reprises (les scènes chez le photographe, assez jolies), on se dit que l'inutilité doit être la marque de fabrique de Lelouch. Les acteurs n'ont pas grand-chose à jouer dans ce fatras, et comme à l'habitude de Lelouch, sont laissés à vau-l'eau, grâce à la fameuse méthode : on les laisse improviser, ce qui donne à l'écran une suite impossible de scènes inutiles, bancales et bavardes. James Caan fait des gros efforts, mais on sent qu'il n'est pas vraiment fait pour ça. Mal filmé, mal joué, voilà un film ardu, qui ne raconte pas grand-chose et le fait mal.

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Mais d'un autre côté, on voit bien aussi que Lelouch est plus modeste dans cette bluette sans façon. La musique infâme de Francis Lai est ici en retrait, il y a moins de digressions philosophiques à la con que dans ses autres films. Certaines scènes sont bien jolies, comme cette course, point d'orgue du film, filmée amoureusement, comme pour un film d'aventures. Geneviève Bujold est touchante, et les seconds rôles, souvent simplement réduits à des trognes, ou des tout petits rôles, sont attachants. Bref, on ne voit pas encore toutes les scories de son cinéma, et ça fait plutôt du bien de le voir s'enthousiasmer dans le filmage des chevaux (Caan est un super cavalier, mazette !) ou de la campagne américaine. Voilà, Lelouch est dans la colonne de gauche, mais notez qu'il le fait avec un de ses films les moins immondes.

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