9782246857334,0-3392247Ah le beau livre tendre et lumineux mais qui sait aussi être violent et tendu, ah le beau livre bien écrit dans une grammaire correcte, ah le beau livre qui dit des choses sur la politique d'un pays ignoré de tous, ah le beau livre qui vous charmera et raflera certainement un paquet de prix littéraires impressionnants. Avec les mots, certains, en cette rentrée, tentent des choses (Malte, Lang, Del Amo), et d'autres considèrent que la lecture doit être aisée et qu'un livre est une petite chose à consulter le soir avant de s'endormir. Faye est de ceux-là, et nous propose le récit le plus innocent et le plus neutre qui soit. De père français et de mère burundaise, le brave garçon a vécu toute son enfance en Afrique, et narre par le menu, dans la première partie, les bêtises et rêves d'un enfant au Burundi. Comment je me suis fait voler mon vélo, on appelera comme ça cette partie, tant cet évènement en constitue le climax. Vous pouvez lire ce livre en faisant autre chose, en regardant un film, en faisant la cuisine... Tout y est innocent, tout a la gravité d'un épisode de Quick et Flupke, tout y est croquignolet. Faye n'écrit pas mal, hein, il est juste dans ses descriptions, dans ses portraits ; mais c'est seulement qu'on en a un peu marre de ces livres ni faits ni à faire, qui font la une de Paris Match et se font oublier aussitôt.

La deuxième partie se charge de menaces, puisque la guerre civile fait son apparition. Faye perd sa famille, est ballotté par les événements, et finit même par devoir tuer un homme. On comprend le traumatisme que ça a dû être, on revisite avec intérêt un pan d'histoire oublié, on est contents de découvrir du côté de ceux qui les ont vécues les horreurs et les absurdités de la haine Hutus-Tutsis ; mais on se désole, encore une fois, devant la platitude de l'écriture, et du peu de cas que Faye en fait. Elle ne sert qu'à décrire, elle est la plus neutre possible, elle est d'une maladresse totale (ces descriptions en fin de chapitre), et on est sidéré de voir ce simple témoignage dans les listes des prix de la rentrée. Les intentions ne font pas le talent. Sur le sujet, lisez Jean Hatzfeld : c'est dix fois plus intelligent, dix fois mieux écrit. Là, on a l'impression d'un "La guerre civile expliquée aux débutants" très facile, entièrement guidé par l'émotion, destiné à faire pleurer les ménagères de plus de 50 ans. Suivant.