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Alors oui, il est dommage que l'image donne l'impression parfois d'une terrible patine téléfilm parce qu'il y a beaucoup de choses remarquables dans cette intelligente œuvre au noir. Il s'agit, pour la faire courte, au départ, d'une basique histoire de vengeance dans le milieu des diamantaires. Pier Ulmann (Niels Schneider, excellent) vient de perdre son père - ce dernier, totalement rejeté et abandonné par sa famille, est mort, une main en moins (un accident de jeunesse en taillant une pierre), dans la misère. Pier parvient à s'introduire dans la maison de son oncle et est bien décidé, lui et sa petite famille, à les mettre minables : gagner leur confiance, devenir incontournable professionnellement et puis leur faire un petit dans le dos... Tout est parfaitement planifié et tout se déroule comme sur des roulettes... Il y a bien ici ou là quelques imprévus (l'attirance de Pier pour la copine de son cousin, l'entreprise où il taille les pierres et où il projette de faire un casse qui se voit saisie en raison de dettes...) mais bon an mal an, on se réjouit à l’avance de déguster ce plat froid minutieusement préparé... Mais comme dans tout bon film noir qui se respecte, personne n'est à l'abri d'un dérapage...

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Le scénario, tout d'abord, est diablement malin, sachant jouer en creux des multiples effets de miroir, en lien direct avec la thématique de la taille du diamant. C'est donc un scénar subtilement ciselé qui se présente à nous avec tout un réseau de sens et d'échos dans des thématiques telles que la famille, bien sûr (les rapports père-fils, les rapports de confiance comme de défiance...), l'amour (trahir ou ne pas trahir, sauter ou ne pas sauter le pas, telles sont les questions auxquelles un Pier, taillé pour tailler les autres, est incapable de répondre : pourtant les indices qui le mettent en garde sont nombreux) ou encore l'amitié (a priori plus fort que les liens de sang...). Pier avance à tâtons dans ce terrain miné d'experts et de gros sous mais sait malicieusement rester à sa place ou faire preuve d'initiative en temps voulu ; notre petit gars, l'air de rien, révèle un incroyable sens du timing et de l'à-propos et l'on se dit dès le départ que l'affaire, comme les diamants convoités, est dans la poche. Sans avoir besoin de séquences particulièrement violentes ou sensuelles, Harari parvient à faire progressivement monter la tension : dialogues tendus, non-dits destructeurs, on voit peu à peu les nuages noirs envahir le ciel au-dessus d’Anvers et on attend patiemment que cela pète... Mais, là encore, Harari sait jouer jusqu’au bout du suspense : il nous sert un final totalement inattendu qui donne encore plus de profondeur et d'éclat à ce récit écrit/taillé sur mesure. Comme certains seconds rôles tiennent parfaitement la route (mention spéciale pour Hafed Benotman - malheureusement disparu dans la foulée - et Raghunat Manet) en amenant une réelle opacité à leur personnage, on ne peut que se réjouir de ce premier film (de genre, qui plus est) qui sort crânement du lot dans le paysage actuel bien trop frileux du cinéma français.   (Shang - 20/10/16)

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Bien d'accord avec la chronique parfaite de mon comparse. Oui, on dirait un peu un téléfilm, et oui, la caméra n'est pas toujours idéalement placée, le montage est parfois un peu bancal. Mais ma foi, ce côté amateur sert très bien la chose : on est là face à du cinéma modeste, des petites gens, et le côté cheap de la mise en scène n'enlève rien à l'ambition du scénario. Le climat d'AnvErs donne une pâtine grisâtre à l'ensemble, et Harari restitue ça à la Melville, avec beaucoup de réalisme. Le réalisme sera d'ailleurs la marque de fabrique du film, qui n'a pas un poil de gras, dont les détails concernant la taille des diamants, la façon de faire un casse (les conseils d'Hafed, probablement ?) ou les rapports familiaux sont très crédibles. ça donne quelques jolies scènes, comme celles où un pigeon sert de démonstration à la difficulté à se venger, ou toute la fin, effectivement très vraie (quand un coup de feu claque, il fait un bruit de coup de feu, et fait un effet de coup de feu). Moi, j'aurais peut-être enlevé la partie où le héros s'éprend de la femme de son cousin, qui est en trop et donne une scène malaisée, et j'aurais peut-être coupé une seconde plus tôt dans presque toutes les scènes de dialogue (ce qui aurait évité quelques postures gênées parfois (voir la photo plus haut)) ; mais je serai le premier à m'incliner devant la rigueur de ce film simple et droit.   (Gols - 27/10/16)

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