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Etant toujours partant pour une petite découverte suggérée par nos aimables commentateurs, j'avais mis de côté ce grand film (au niveau des moyens) 100% black de l'ami Vidor. On retrouve donc nos gars afro-américains s'éclatant dans les champs de coton (on tique toujours un peu...), chantant leur joie à leur retour du travail, chantant et dansant pour célébrer un mariage, chantant encore et toujours lorsqu'il y a un mort... Bref, on a l'impression qu'ils ont un peu une chanson pour tout, qu'ils ont "la danse dans le sang" (sic, ce qui fait toujours un peu tiqué, bis) et qu'on risque de finir debout sur son fauteuil en hurlant "O Lord etc..." de façon un peu poussive et caricaturale. Bref, on est un peu déçu malgré tout ce barnum de figurants joliment mis en scène : on a l'impression d'avoir vu cela un peu trop souvent dans le cinoche américain. Heureusement, tout de même, il y a cette "drôle" d'histoire d'amour entre le héros, Zeke (Daniel L. Haynes, obamesque de charisme), et cette fille peu farouche mais maline comme un vieux singe, Chick (la pétillante et chafouine Nina Mae McKinney). Dans un premier temps, ce pauvre Zeke se fait pomper tout son blé (100 dollars soit 6 mois de boulot à se fendre la pêche dans les champs de coton) par cette entraîneuse vénale (elle est de mèche avec un vieux roublard aux dés pipés) : notre héros danse avec elle le sourire aux lèvres mais se retrouve totalement plumé dans la foulée... Il sent qu'il s'est fait rouler dans la farine par ce joueur pas très honnête, il y a baston, des coups de feu et résultats tragique du bazar : Zeke tue son propre frère... On l'imagine revenir la queue basse chez lui, avec un mort sur les bras et sans le sou... La chute... Il décide alors de se faire prêcheur...

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Alors qu'on pense que Vidor risque de tomber dans un certain angélisme (oh regardez tous ces petits noirs habillés en blanc et accompagnant en chantant notre prêcheur qui circule modestement sur son âne ! Amen), on sera surpris par un nouveau tournant pris par l'histoire : Zeke recroise le regard de Chick dans la foule, elle le tance, il lui prêche la bonne-parole, il remporte la première manche ; elle fait la queue pour que Zeke la baptise dans le fleuve, elle tombe dans ses bras, il la ramène sur la rive, la couche sur un lit et se jette sur elle tel un vulgaire animateur de télé... Pauvre Zeke, on sent que cette diablesse l'obsède et qu'il ne peut s'en défaire - alors même que, parmi ces proches, une jeune femme calme et modeste lui fait les yeux doux... Seulement voilà, parfois, l'instinct de l'homme le conduit hors des sentiers battus... Zeke devra aller jusqu'au bout de l'enfer (belle séquence dans sa longueur lorsque que Zeke se retrouve dans le marécage : il doit boire la coupe jusqu'à la lie) pour se défaire de "ses" démons... Mais la rédemption, après avoir purgé « sa peine », sera encore possible... On apprécie cette trame amoureuse qui met résolument du piment dans cette reconstitution parfois un peu trop figée et attendue "inside the black community". Les petits gamins qui dansent sur les tables, c'est sympa mais ces longs chants répétitifs à la gloire de Dieu, c'est quand même parfois un peu plombant... Heureusement le couple central formé par Zeke et Chick amène vraiment du peps, de la surprise dans ce portrait schématique et romancé (...) de cette communauté. Halleluyah, mais juste une fois, à la gloire du parcours au forceps du gars Zeke.

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