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Le genre de film générationnel qui déclenchera un enthousiasme d'une quinzaine de jours avant d'être remplacé par un autre. L'intention de Benyamina est noble, sa motivation est sans tâche, son ambition (révolutionner la figure de la femme dans le cinéma contemporain) est démesurée, et le fait qu'elle accouche d'un film aussi petit laisse pantois. La dame voudrait exploser les facheux et les tièdes, et ne réussit qu'à réaliser un La Haine féminin avec 20 ans de retard, reproduisant allègrement les modèles de ses aînés pour livrer un machin fatigant, clicheteux et un peu génant aux entournures.

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Tout n'est pas raté là-dedans, attention. Les interprètes sont hyper motivées, et leur énergie fait plaisir à voir. Oulaya Amamra et son petit front buté font dignement le taf, et Deborah Lukumuena, géante au physique vraiment inhabituel au cinéma, envahit l'écran et bouffe tout le monde dès qu'elle est là. On suit cette histoire de jeunes filles qui cherchent leur identité au contact des petits trafics et de l'amour avec plaisir, rien à dire, ça va droit son chemin. Et il y a même quelques séquences particulièrement réussies, comme toutes les scènes tendues entre Dounia et la caïd de la cité, la façon qu'a la première de grignoter habilement le terrain de la deuxième, discrètement. Dounia est une feme forte, une "qui a du clitoris", et son ascension, sa persévérance, son côté têtu, forcent le respect. En gros, dans les scènes d'action, Benyamina fait le boulot, livrant des scènes dynamiques, à l'épaule comme de bien entendu (il semblerait qu'il n'y a pas d'autres manières de filmer aujourd'hui), tendues et sanguines. On tremble pour cette gamine qui flirte avec le danger, et on apprécie aussi, allez, les scènes avec sa copine, souvent drôles, encore complètement versées dans l'enfance. Ça rigole, ça tchatche, ça vanne, on est dans le vrai film de banlieue classique, plutôt pas mal fait, avec son lot de tragédies, d'espoirs, de rigolade et de dangers.

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Là où le film est plus fatigant, c'est quand Benyamina se sent obligée de faire de son petit film sympathique un truc édifiant et concerné. Elle sort donc la grosse armurerie, le requiem de Mozart au moindre souci, sans aucun sens de la mesure. Toute la fin, assez consternante, est une surenchère de tragédies terribles qui finissent par être drôles. D'autre part, si elle n'est pas malhabile pour filmer l'urgence et l'action, Benyamina est pataude pour les scènes d'amour. Les garçons sont complètement sacrifiés, notamment le rôle principal, un vigile danseur qui a droit à quelques-unes des scènes les plus ridicules du film : une scène de drague en dansant, ou une balade dans le supermarché du coin. On ne croit pas une seconde à cette histoire, peut-être parce que on a voulu engager un mannequin à la place d'un acteur, et parce que la danse, parent pauvre du cinéma, est encore une fois complètement clicheteuse. Il y a également une scène de drague das une boîte de buit, où notre petite Dounia veut se transformer en femme fatale, et est ridicule avec son maquillage à la con et ses poses de diva (le mec craque illico, cela dit, les mecs sont vraiment des crétins, c'est aussi un des messages du film). En fait, ce qui frappe le plus, c'est que la seule ambition de nos héroïnes, c'est de bouffer les hommes en reproduisant leurs modèles libéraux et économiques. Dounia veut du flouze, point. Sauf quand se pointe un beau danseur musclé, elles se comportent exactement comme les mecs, renvoyant de la société une image désespérante et fermée par tous les bouts. Benyamina a réussi son film, il est générationnel, féministe (au lance-flammes), et actuel ; ce qui veut dire qu'il est déjà oublié.

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