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Les Sud-Coréens sont décidément en forme cette année : après le film de zombie ferroviaire mené tambour battant, voilà le thriller "spirituel" caustique et déroutant : Na nous plonge la tête la première dans un petit village boueux (il pleut plus là-bas qu'à Londres ou à Brest) avec son lot de massacres et de tueurs possédés ; on se croirait presque à Twin Peaks en plus gore tant l'on nage en plein délire morbide. Qui peut bien être responsable de ces assassinats crapuleux, alors même qu'une sale gale semble se propager ? (les champignons coréens sont-ils à ce point dangereux ?). Heureusement, ce petit village peut compter sur deux flics au taquet qui feraient passer les enquêteurs des films de Bruno Dumont pour des génies. Le bon gros Jong-Goo, en particulier, cumule les maladresses, les erreurs, les glissades, les retards et cerise sur le gâteau, les jugements à l'emporte-pièce... Alors qu'un étrange Japonais rôde dans les parages, qu'une curieuse femme un peu simplette revient sur les lieux des crimes et qu'un shaman totalement starbé et sponsorisé par Nike est appelé "en renfort" pour sauver la fille de Jong-Goo totalement possédée, notre flic à la tête près du képi semble ne plus savoir à quel saint se vouer et s'enfonce dans la violence et dans la mouise...

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Le moins que l'on puisse dire, c'est que Na sait ficeler des séquences efficaces, ne nous laissant jamais le temps de reprendre notre souffle pendant quasiment deux heures (la dernière demi-heure, pour tenter de lever le voile (brumeux) sur l'histoire est un peu plus longuet et poussif) : seaux d'hémoglobine et effroyables personnages au teint terreux, humour grotesque et séquences hallucinées (l'entrée en action du shaman ferait passer L'Exorciste ou Rosemary's baby pour des parties de Nain jaune : grand-guignolesque et sanglant), vaudou local et morts-vivants déchainés, il faut reconnaître qu'on est totalement pris dans le tourbillon de ces scènes de plus en plus cauchemardesques. Plus l'histoire se complique et plus notre flic semble, lui, perdre le contrôle : atteint dans son âme par les crises de sa fille elle-même sous l'emprise du "mal", Jong-Goo se met martel en tête que cet enfoiré de Japonais (le bon vieux bouc émissaire étranger) est à la base de tous les problèmes ; après avoir usé de la violence en pure perte, il tente de se raccrocher à ce curieux shaman qui ne semble pourtant guère capable d’arranger la situation. Dans la dernière ligne droite, notre super flic va devoir enfin faire montre de finesse - ou pas.

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Il faut reconnaître, que, dès que le générique de fin tombe, on éprouve un brin le besoin de faire le point sur ces multiples personnages collatéraux (véritables archétypes de croyances bouddhiques, païennes ou catholiques) qui constituent autant de fausses pistes et de chausse-trappes dans le récit ; une seule chose au final semble certaine : notre flic, incapable de garder son sang-froid ou une quelconque objectivité, a mis le doigt dans un engrenage qu'il n'a pas su enrailler - il paraît n'avoir fait, tout du long, que les mauvais choix : il a dès le départ accusé ce Japonais parce qu'il est japonais (le diable, probablement... puisque cela semble vouloir convenir à tout le monde...), s'est défié d'une jeune femme a priori guère malfaisante avec ses petits cailloux et ses plantes, et a éprouvé le besoin de faire confiance à un shaman qui sent la fumisterie à plein nez. Sans être jamais capable de protéger les siens, sa propre fille ou la population de son village. Pris dans une spirale de violence, il n'est parvenu qu'à empirer les choses... Na noie un petit peu le poisson sur la fin mais le constat est bien là : cette micro-société (comme dans Dernier Train pour Busan) est parvenue à s'auto-détruire - manque de solidarité, individualisme forcené, croyances sans fondement... c'est selon. Le cinéaste livre en tout cas une œuvre étouffante, foisonnante, qui flirte avec le trop plein et les explications un peu fumeuses mais qui sait indéniablement et malignement prendre son spectateur à l'hameçon. Na !   (Shang - 10/10/16)

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On est devant un machin original et barré, ça va sans dire, et on se marre bien devant les excès de Na. Le film commence comme chez les frères Coen, avec ces flics de village complètement dépassés, voire se pissant dessus à la moindre anicroche ; puis évolue lentement vers un fantastique franc du collier, qui sait ménager des plages gore et sombres tout en restant drôle. Sur la fin du film, on aura plongé dans une sorte de conte morbide, sans qu'on s'en soit rendu compte. Rien à ajouter à la critique de mon compère, qui fait bien le tour des qualités de la chose et aussi de ses faiblesses (la fin ressemble à un film raté de Miike, le film est trop long d'une demi-heure), beaucoup aimé moi aussi le shaman en Nike, dont on ne sait si c'est un charlatan ou le seul à comprendre ce qui se passe. Voilà un film dépaysant et vraiment marrant, c'est tout ce que j'ai à dire.   (Gols - 16/12/16)