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Pas de quoi se rouler par terre de bonheur en chantant les louanges de la nouvelle comédie française, mais tout de même : Victoria est une surprise très agréable, le genre de petit bonbon acidulé qui vous laisse tout songeur et satisfait. Avant tout, attention : ce n'est presque pas une comédie, ou disons que ça n'en a le nom que parce que ça se termine plus ou moins bien et que les situations sont amusantes. On ne rit que très rarement là-dedans. Mais on y trouve une fantaisie, une fraîcheur de ton qui forcent le respect et qui font enfin entrer la comédie dans un âge adulte. Finies les potacheries régressives ou les défilés de stars fatiguées : on est de plain-pied dans le monde d'aujourd'hui, et on ne va pas s'en plaindre.

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Victoria est une jeune femme du XXIème siècle, légèrement dépressive, insatisfaite, qui compense son mal-être par le boulot (elle est avocate). Lors d'un mariage, elle récupère deux gros morceaux : d'une part, une sombre affaire de coups de couteau donnés par son meilleur ami, et qu'elle va devoir plaider ; d'autre part, Sam, ancien dealer qui veut se recycler, et qui va devenir sa fille au pair, babysitter, aide, cuisinier, confident et accessoirement, au fil de l'histoire, amant. Tout l'enjeu du film  : que Victoria ouvre enfin les yeux sur le trésor qu'elle héberge, qu'elle fasse le deuil d'une jeunesse déjà lointaine, et qu'elle mûrisse. Une vision des choses très américaine, l'émancipation sexuelle et le murissement étant un des thèmes favoris de la Apatow-touch. Mais Triet reste éminemment française, donnant à son scénario un petit côté littéraire très attachant, en même temps que quelques situations absurdes délicieuses. Le procès, par exemple, est un moment doucement décalé, où les témoins sont des chiens ou des singes, où l'avocate est complètement shootée. Cette comédie du re-mariage fait le pont entre plusieurs comiques différents, et travaille sur un ton "presque pas drôle" qui fait merveille.

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C'est la révélation Virginie Effira, sorte de femme-enfant déjà grande, tête à claque impossible et en même temps personnage très attachant, un peu comme a pu l'être Gena Rowlands. Elle possède un jeu très fin, pile à la frontière entre âge adulte et restes épars d'adolescence : la scène d'ouverture, le mariage, est une merveille, tant elle est juste dans le registre de la fille qui veut s'amuser comme une folle et qui s'ennuie terriblement. Mais ses partenaires masculins sont eux aussi irréprochables : Melvil Poupaud en gamin terrible, et surtout Vincent Lacoste, qui trouve enfin un rôle à sa mesure et un look parfait. Seule la partie avec l'ex-mari devenu romancier est un peu plus poussive et inutile. Voilà un film qui vous met la banane, au ton original et qui pose de vrais questionnements d'adulte. (Gols 01/10/16)


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Alors oui, bon, hein, c'est clair qu'on est plus dans la comédie douce-amère que dans la franche déconnade délirante. Bien aimé pour ma part ce portrait de femme adulescente et chieuse (seule une femme pouvait oser un tel portrait sans se faire taxer de sexisme, je dis ça je dis rien, d'autant que de curieuses odeurs de pétrole envahissent ma chambre... Ah les surprises de l'île aux parfums...), vraie femme moderne égocentrée totalement investie dans son travail et un brin aveugle sur son entourage - c'est ça, l'égalité des sexes, on y est. Effira se plie en effet en quatre pour jouer cette femme insatisfaite, meurtrie, pénible et drôle. Il est tellement rare d'avoir des rôles bien écrit pour les femmes dans la comédie française actuelle qu'on se dit qu'elle a tiré le gros lot. J'ai également un très gros faible pour le gars Vincent Lacoste qui sans en faire des tonnes a un réel potentiel comique : il possède cette petite intonation de voix, cette judicieuse diction qui lui permettent de bonifier n'importe quelle réplique - il est un vrai plus dans ce film en tant que vis-à-vis pouvant faire mousser la belle. Dommage que l'idole Poupaud (a perdu des cheveux sur le haut du crâne, hein l'ami) ait un rôle sans réelle nuance, on eut pu assister à un magnifique trio d'acteurs. Au niveau du scénar, on sent tout de même que Triet est un peu courte : après les belles promesses du premier quart d'heure, le film peine à trouver un second souffle ; les multiples scènes (animales et originales... mais un peu bancales) dans la salle de procès rouge-sang ayant bien du mal à tirer le film vers le haut et à lui donner du rythme - comme si la chose s'essoufflait un peu péniblement au fur et à mesure. Ce Victoria reste une belle petite tentative d'humour des années 10 (les nôtres) mais n'a en effet rien d'un ouragan comique. Un portrait de femme teinté d’un verni d’humour, en quelque sorte : mignon, quoi, mais pas toujours ultra finement ciselé – un peu à l'image de la touffe de cheveux du gars Lacoste. (Shang 21/01/17)

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