bountykiller2

Un western déséquilibré et assez miteux dans sa première partie, et intéressant dans sa deuxième, vous me trouvez là le cul entre deux chaises. Dans un premier temps, Bennet (qui ça ?) est bien fidèle à son envie de post-grand âge du western, et pervertit complètement le genre. On assiste à l'arrivée en ville d'un blanc-bec tout miel (grosse erreur de cating : ce Dan Duryea, trop vieux pour le rôle, sans classe et sans humour) qui s'éprend aussitôt de la tepu du saloon et se heurte au méchant du lieu. Il est sauvé par Rod Cameron, véritable alibi westernien de la chose, qui n'apparaitra plus qu'une autre fois dans la chose. Puis il devient copain avec... un marin, qui lui raconte les joies du char à voile. Mais oui, un marin dans un western, nous voilà dans de beaux draps. Cette première partie, trop dialoguée, pas mise en scène, hésite vraiment entre deux styles : une parodie de western, complètement déréalisée, presque comique, où tous les motifs seraient devenus des clichés, où on s'entretue et on se marie en une fraction de seconde, et dans laquelle les personnages d'autres fictions viennent faire un tour ; et le nanar pur et simple. Les acteurs sont très mauvais, les prises de vue de studio sentent le cheap à mort, le rythme est mortifère et les personnages inexistants. Le doigt frôle la touche "arrêt", d'autant que ça continue avec une poussive scène d'action où nos deux compères s'aperçoivent qu'il est facile d'être chasseur de primes et qu'ils vont en faire leur métier. En deux coups de cuillère à pot, ils mettent la tepu en sécurité, le vilain de service aux arrêts et les voilà sur la route de la gloire ; et Bennett sur celle de l'indigence complète, dosant très mal ses rythmes, ne sachant pas filmer l'action, et habillant tout ça d'une artificialité terrible.

The-Bounty-Killer-1965-3-300x225

Les deux tiers du film passent comme ça, entre affliction et soupçon de parodie. Mais quand le marin est assassiné par des bandits, le film vire alors vers quelque chose de brutal, là aussi bien de son époque, qui devient enfin intéressant. Passons sur l'invraisemblable de la scène où notre héros retrouve par hasard la tepu, et sur sa métamorphose hyper-rapide en caïd, et arrêtons nous plutôt sur cette violence noire qui envahit tout à coup le film. Tout le dernier tiers est consacré à la déréliction morale de notre gars, qui s'enfonce de plus en plus dans le nihilisme et la terreur. Il devient une vraie machine à tuer, son fusil à canon scié fauche au hasard tout et tout le monde, et son alcoolisme va de pair avec sa turpitude intérieure. Il ira même, dans une scène ahurissante de rapidité, jusqu'à tuer celui qui l'avait sauvé au début du film. On dirait que c'est réalisé par un autre gusse, tant le contraste est fort. L'ensemble culmine avec une scène à l'église, où notre gars renvoie tout le monde dos à dos, assumant complètement son rôle de cafard de la société, on dirait un personnage de Scorsese ou de Ferrara avant l'heure. La fin est implacable, et on termine la chose assez ahuri devant cette brutalité qui est arrivée sans qu'on l'ait vue venir. A voir, donc, en mangeant des bounty ou pas.

Go west, here