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Plus Almodovar tente de se la jouer cinéaste "classique", sans effets drolatiques et excentriques mais avec beaucoup d'affect, moins j'adhère à ce cinéma mélodramatique et morne. Julieta, construit essentiellement sur un long flash-back, nous donne à suivre la trajectoire de cette femme qui porte en elle une forte dose de regrets et le poids de la culpabilité... Trois épisodes traumatiques ont ponctué cette vie : la mort d'un homme auquel elle avait refusé d'adresser la parole (crac, le gars passe sous le train), la mort "accidentelle" de son mari (mais qui prit la mer un jour de tempête suite à un accrochage avec sa femme - une basique histoire de jalousie et d'adultère) et la rupture avec sa fille dont elle reste sans nouvelles depuis des années. A l'heure des bilans, elle se repasse la trame de ses petites joies et de ces grandes peines... La mise en scène d'Almodovar se fait résolument des plus posées (les scènes en intérieur sont tellement passionnantes qu'on passe son temps à scruter le décors pour s'amuser des jolies couleurs : c'est peu), les personnages (rien à dire sur l'interprétation... rien à dire donc si ce n'est que Adriana Ugarte est bien jolie : c'est peu) n'ont pas grand-chose de pittoresques et de surprenant (seule Rossy de Palma, pur diamant noir almodovarien, apporte une pointe de trouble et de tension - malheureusement son rôle reste très effacé) et le récit demeure affreusement prévisible. Même si parfois on se remet à reprendre espoir autour d'une séquence joliment soulignée par petite envolée musicale très hitchcockienne, notre léger emballement retombe vite à plat... A force de vouloir gommer tout ce qui faisait la folie de son cinoche des années 80, toutes ces aspérités qui donnaient du relief et du piment à son cinéma, tous ces personnages ambivalents, Almodovar a fini par devenir un cinéaste souvent juste ennuyeux. Il y a bien un petit pic dramatique qui fait son effet (la séquence entre la mère et la fille à propos de la perte du père) mais c'est bien le minimum vital que l'on pouvait attendre de ce film tellement maîtrisé qu'il en devient glaçant. Monotone et attendu comme un dimanche nuageux.

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