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Voilà une œuvre estampillée "film estival" beaucoup moins innocent qu'il ne pourrait le laisser paraître dans son premier quart d'heure : vous prenez trois ados blonds comme les blés ou bruns comme le sable mouillé, une sorte de trio de djeun's avec la toute jeune Barbara Hershey en meneuse et deux gaziers ricaneurs un peu maladroits dans leur corps trop grand en acolytes, vous enlevez les adultes et vous attendez de voir si les hormones montent... Ça papote, ça glousse, ça fait des pactes, ça se frôle comme si le temps des caresses érotiques au grand jour n'était pas encore venu, c’est un brin gnangnan... Quoique... Les désirs commencent à pointer le bout de leur nez mais surtout, derrière ces petits jeux adolescents classiques, une cruauté sous-jacente devient de plus en plus prégnante ; un peu comme si le passage à l'âge adulte n'était point qu'une initiation aux simples plaisirs mais aussi au Mal.

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L'une des séquences les plus "excitantes" du film a lieu dans une salle de cinéma : nos deux ados qui encadrent la Barbara ont, dans la salle obscure, des mains de plus en plus baladeuses ; l'un commence à effleurer le sein de sa jeune partenaire, puis prend son "courage" (l'obscurité et l'absence de contact visuel facilitant la chose...) et les seins de celle-ci à deux mains pendant que l'autre, titillé, engouffre sa main sous la jupe de la belle. Petite séquence d'initiation qui, on le répète, ne peut avoir lieu que dans ce temple où la pénombre règne... Des petits jeux émoustillants auxquels fera écho la scène où, sous prétexte de se laver les cheveux, chacun en profitera pour répandre de la mousse sur le corps de l'autre. Rien de bien grave en soi a priori... Sauf que derrière cette petite mascarade "en surface" ne tarde pas à poindre le côté obscure de ces adolescents. L'un des premiers avertissements sur le chemin de la cruauté se déroule lorsque les deux jeunes garçons se rendent compte que la gentille petite mouette blessée dont s'occupait l'innocente Barbara s'est retrouvée avec le crâne fracassée. Notre héroïne finira par avouer que la mouette, ayant eu l'audace de la mordre, méritait son sort... Une première réaction totalement inattendue en réponse à une certaine frustration ressentie par la Barbara (elle estime qu'elle a sauvé la vie de la mouette et que cette dernière ne pouvait se permettre un tel geste). Un premier acte bestial qui trouvera plus tard également un écho. On aura droit, en effet, à une évolution tout aussi comparable au niveau de l'éveil de la sexualité. Les adolescents ne cessent de se tourner autour sans jamais passer à l'acte, sans jamais s'avouer franchement leurs envies. L'arrivée d'une quatrième personne, une jeune fille un peu mal dégrossie, va agir comme une sorte de révélateur des pulsions "animales" de notre trio. Si l'un des deux mâles tente une amourette avec la chtite, ses deux autres "partenaires" se montreront beaucoup moins "gentillets" le moment venu. Lors d'une séquence en forêt (le passage obscure pour y pénétrer levant toutes les ambiguïtés quant à sa signification symbolique), ce petit trio (comme acteur ou comme spectateur) laissera alors libre-cours à des instincts primaires, comme pour compenser, dans la violence, leur incapacité à avouer leurs sentiments, leurs désirs - les deux étant souvent malheureusement intimement liés à cet âge.

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Frank Perry, l'air de rien (au début, les trois acteurs un peu niais semblent jouer un peu en free-lance l'âge bébête, ce qui ne laisse pas présager grand-chose de bon sur le fond), parvient à rendre une copie assez troublante et relativement maline. Cette luminosité de l'été finit par avoir des effets aveuglants, plongeant dans une évidente noirceur un récit aux allures un peu naïves et par trop innocentes. Un dernier été sournois qui sonne en quelque sorte le glas de l'adolescence. Joliment fait et amené.

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