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Me faire prescrire la pilule du lendemain par Béatrice Dalle est tentant, je dois l'avouer, et c'est pour cette raison que j'ai jeté un oeil à ce film éducatif et édifiant. Bon, elle n'est pas la seule, il y a aussi Nicole Garcia, Isabelle Carré, Nathalie Baye, et toute une ribambelle de comédiennes plus ou moins connues. Toutes ces belles (et Michel Boujenah et Emmanuel Mouret, il y a des hommes aussi) sont animatrices au planning familial, et reçoivent à longueur de journées des femmes en détresse. Claire Simon a enregistré des vrais témoignages et les fait rejouer devant ses caméras par des comédiennes. Ça vous a des théories sur l'avortement, ça prescrit des pilules pas tout à fait légales, ça penche la tête pour montrer que ça vous écoute, ça opine ou fronce le sourcil, ça organise des réunions pour discuter des cas sensibles, ça rigole aussi, ça fume et ça fait des erreurs, c'est normal, c'est des femmes comme les autres.

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Ce n'est pas tant le projet qui laisse songeur. Après tout, voilà un film utile, qu'il sera judicieux de passer en lycée ou en collège, et dans lequel on apprend beaucoup de choses. Chaque nouvel arrivant est un nouveau cas, plus ou moins ardu, plus ou moins tragique, et on suit non sans déplaisir ces petits bouts de vie. Ça parle de maltraitance, de ces filles qui accouchent comme d'autres allument une clope, de mariages forcés, de viol, de prostitution, ça donne les horaires des bus pour la clinique espagnole, c'est très utile. Parfois même, on sent toute la vacuité de ces mains tendues, l'impuissance de ces femmes : il suffit d'un coup de téléphone raté pour sentir que derrière il y avait une attente qui n'a pas été prise en charge. Il y a une certaine ambiguité à voir ces actrices célèbres confrontées à la vraie vie, contraintes de jouer alors qu'elles sont à la fois actrices et spectatrices de ce qu'elles voient. Du coup, elles sont assez sobres, s'effacent devant la contrainte et ne se mettent pas en avant. C'est déjà ça de pris. Non, ce qui gène le plus, c'est cette mise en scène très artificielle, cette volonté de tout mettre dans le film, de présenter chaque séquence comme une situation. Simon a vu plein de choses au planning familial où elle a enquêté, et elle a décidé de tout mettre dans son film. Du coup, non seulement c'est trop long, mais en plus c'est très plaqué, on ne croit plus à ces situations qui sont autant de cas particuliers. Pas assez de moments creux, pas assez de cas banals, tout est "parlant", tout doit obligatoirement faire sens. Du coup, on regarde ce film comme un objet pédagogique un peu vain, un peu creux, voire comme un film d'entreprise.

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